alone in the Dead

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25 janvier 2006

Highway to hell...

Le 15 Janvier,  18h30

J'ai toujours été fasciné par les armes blanches., en particulier l'arme noble par excellence : l'épée sous toute ses formes, glaive espadon ou sabre. N'y voyez pas là l'aveu d'un être sanguinaire et violent ! Loin de là, je pense être par nature assez pacifique et débonnaire. Ni l'aveu d'un passéiste aux goûts d'un autre temps. Je suis bien dans mon époque, ne sachant résister aux sirènes d'un bon canapé devant un bon film. Mais depuis ma plus tendre enfance, j'ai toujours adoré les histoires fantastiques se déroulant sur des mondes moyenâgeux, et les scènes concernant des duels à l'épée ont toujours fait partie de mes favorites. Dans la même veine, j'ai toujours adoré tout ce qui se rapporte aux arts martiaux Japonais concernant l'art du sabre, comme le Kendo, l'Iaido ou l'Aïkido. Très jeune déjà, dans mon esprit, le fait que ces objets coupants et pointus étaient fait pour ôter la vie d'un homme fut dans mon esprit supplanté par la beauté et la grâce du geste du duelliste, par la variété et l'énergie qui peuvent se dégager de l'arc de cercle mortel d'une lame qui s'abat. C'est la raison pour laquelle ma famille m'avait offert, pour l'anniversaire de mes 15 ans, un katana, ce sabre nippon de taille moyenne, le plus courant et représentatif de la caste des samouraï, entre le court wakizashi et le géant no-dachi. J'ai depuis des années, vous vous en doutez, appris à manier cette arme. Plusieurs fois d'ailleurs, l'idée de m'inscrire à un club d'arts martiaux pour apprendre son maniement dans les formes de l'art m'a effleuré, mais jamais le processus n'est arrivé à sa conclusion. Timidité. Puis plus tard, manque de temps. Mon expérience s'est donc limitée à retranscrire par moi même les mouvements glanés ici ou là dans les films de fantasy ou les jeux vidéos de combat chers à mon cœur. Avec un résultat plus ou moins heureux !. Ma maladresse naturelle ayant parfois repris le dessus, la chose engendra multiples mini catastrophes domestiques lors de mes fougueux enchaînements de moulinets mortels. Le parquet et les meubles s'en souviennent encore !. Mais tout de même, à la longue, j'en suis arrivé je suppose à acquérir une certaine expérience de l'arme, à ma plus grande fierté. Evidemment, qu'en sera t'il devant un véritable adversaire, c'est difficile à dire. Mais du moins j'ai acquis le sens de l'arme, je suis habitué à son poids, je connais instinctivement maintenant la façon dont il faut allier un bras ferme à un poignet souple pour pratiquer à des mouvements rotatifs tout en étant puissants. Rien ne remplace l'expérience personnelle, et sans être devenu une fine lame, ces heures d'entraînement autodidacte m'ont permit, je le pense sans fanfaronnade, d'avoir un niveau tout de même supérieur à celui qu'aurait le quidam qui toucherait une épée pour la première fois de sa vie. 
    C'est pourquoi j'ai décidé de prendre mon Katana avec nous. Stéphane était plutôt dubitatif. S'il aime lui aussi les duels à l'arme blanche et la fantasy qui furent deux des pierres d'achoppement qui permirent à notre amitié de naître, il reste avant tout et surtout un être pragmatique, pratique, logique et prévoyant. Pour lui, l'arme n'est pas une vraie et se brisera au moindre choc. Nous verrons cela. Quoiqu'il en soit, il m'a ramené également une matraque Tonfa. Au cas où. Lorsqu'il me l'a donnée, et lorsque je lui ai parlé de prendre également mon sabre japonais fut un moment assez intense, de nombreuses sombres pensées envahissant mon esprit, et certainement le sien aussi. Le tout, en silence. Point besoin de parler beaucoup dans ce genre de cas pour se comprendre tout à fait. Nous parlions d'armes pour nous défendre. Nous n'avions pas directement évoqué le problème lors de notre conversation téléphonique, mais il était là, sous-jacent. Nous allions volontairement nous plonger dans le danger. Nos vies allaient être menacée, et il nous fallait prendre avec nous de quoi défendre ces dernières chèrement. C'est bien joli de se gâver de films héroïques emplis d'exploits extraordinaires accomplis par des champions sans peurs et sans reproches, mais lorsque vous vous retrouvez à planifier une expédition réelle et dangereuse, alors que vous avez toute votre vie été épargné par la mort et le péril, ça fait vraiment bizarre, ce mélange de peur, d'appréhension, d'angoisse mais également il est vrai à d'excitation (l'esprit humain suivant des méandres parfois bien obscurs) vous colle à la peau et ne vous lâche pas d'une semelle.
    Stéphane est arrivé vers 16h20. Surexcité et pressé de partir, il est rentré directement dans le vif du sujet, à sa manière franche et frontale. Il avait le sourire, en rentrant chez moi, malgré les circonstances, et je ne le remercierait jamais assez de cette manière qu'il a eu de dédramatiser les choses. C'était bien de lui, ça. Il m'a ainsi débarrassé d'une bonne partie de ma nervosité. Mais il aurait été difficile de me soulager du reste, surtout qu'à plusieurs petits signes je voyais bien que l'entrain de Stéphane n'était qu'un masque. Bizzarement peut être, en une sorte de rituel qui évoque immédiatement le verre de saké que buvait le samouraï avant de jeter son " Zéro " sur un porte avion Américain à Midway, j'éprouvais le besoin irrépressible de temporiser notre départ en l'invitant à boire un café avant de partir. " Pour avoir quelquechose de chaud dans le ventre ". Et pour gagner encore quelques instants auprès de cette jeune femme silencieuse, la mine ravagée par la tristesse, la mélancolie, l'atterrement, enfin hélas rattrapée par l'énormité des événements, comme si elle se réveillait d'un joli rêve pour plonger dans un cauchemar morne et lugubre. Mais le temps de sacrifier à tout ses préparatifs et rituels – le café, les préparations de dernière minute, l'histoire du sabre, du tonfa, et autres considérations de ce qu'il faut bien appeler des problème de " survie " il fut bientôt les fatidiques 17 heures, l'heure sombre et noire et honnie entre toutes ou je devais me séparer – m'arracher semble un verbe plus juste par rapport à ce que j'éprouvais – à cette petite créature fluette et fragile qui était mon absolue raison de vivre en ce bas-monde.
Les séparations ne sont jamais des choses aisées, mais ce type de séparation est un véritable calvaire. Quitter la femme qu'on aime alors qu'on sais que la menace s'étend avec la vitesse ravageuse d'une nuée de criquets. La laisser là, seule, tellement dénuée de défense, lorsqu'on sait à quel point le danger qui se répand est odieux. Devoir s'arracher à elle alors que tout mon être criait de rester auprès d'elle pour la défendre de ma vie s'il le fallait. Le pire est de ne pas savoir précisément quand je vais la revoir. Je lui ai promit qu'une fois que j'aurais des réponses quant au devenir de mes parents, j'essayerais de la rejoindre en Espagne. Par tout les moyens. Au moment de me séparer, c'est de toute mes forces que j'ai combattu l'idée insoutenable que c'était peut être la dernière foi que je la voyais. Après tout, je la laissais entre de bonnes mains, je l'ai déjà expliqué, sa famille composée de son père, son frère, et d'une tripotée d'oncles costauds et rubiconds élevés au grand air de la campagne Catalane fait une bien plus impressionnante rangée de gaillards- escouade de sexe masculin prêts eux aussi à tout pour défendre l'amour de ma vie-que mon humble personne.
    Ce qui m'aida le plus, je crois, pour cette séparation absolument insoutenable, ce fut l'urgence, la précipitation. Stéphane avait beau être compréhensif, nous avions des impératifs, et il s'agissait de nos parents, frères, et sœurs, à tout deux. Autrement dit, l'heure venue, il se montra pressant, sachant que, toute mes affaires étant prêtes, rien de concret ne me retenait ici. De la même manière n'appartenant qu'à lui – mélangeant entrain et fermeté, sur un ton vaguement bourru – qu'il a de clore les conversations téléphoniques, Stéphane estima que l'heure de partir était arrivée. Au lieu du " bon, écoutes " téléphonique, j'eût le droit au " bon, allez… " qui signifiait qu'il n'était plus l'heure de lambiner, ni de faire du sentiment. Certains pourraient l'accuser d'être peu sensible, me je le connais bien. Sachant lui aussi combien les adieux sont pénibles, surtout dans ce genre de cas, Stéphane savait que le mieux à faire pour m'aider était de prendre les devants, de se montrer pressant, et de casser net le fil d'adieux interminables.
    Et pourtant, dieu, dieu que je l'aimais, lorsqu'elle était là, sur le palier, à regarder l'ascenseur se refermer sur nous, cruel rideau métallique me privant froidement de cette vision quasi-parfaite dans la beauté et la tristesse. Celle de ma fiancée, les larmes coulant sur ses joues délicates et rosées, tenant en ses bras notre chat (qui, désolé pour la poésie de la scène, avait l'air passablement ahuri), mes deux amours réunis pour me voir partir loin d'eux, si loin, avec certes une promesse de nous retrouver bientôt. Mais qui peut savoir de quoi sera vraiment fait le futur, le lendemain, cet avenir qui, insaisissable et mouvant, se moque éperdument de nous. Lorsque l'ascenseur se referma en un bruit mat, j'ai cru que mon cœur aller se décrocher de ma poitrine.
    Et je suis là, maintenant, sur une autoroute quelque part entre Paris et Limoges, sur la route de l'enfer, avec mon sac à dos remplis de quelques victuailles dérisoires, mon Katana, mon Tonfa, et l'un de mes meilleurs amis qui contemple la route d'un air sombre. Au début du périple, toute dernière velléité à se donner une contenance bien masculine et virile vola en éclat lorsque, la scène de l'ascenseur se refermant sur la vision de Katalina et du chat passant et repassant sans-cesse devant mes yeux finirent par vaincre ma résistance et j'éclatais dans la voiture en sanglots longs, amers, et ne m'apportant aucun soulagement. En revanche, Stéph, lui, su me le donner, ce soulagement. Sous ses dehors bravaches se cache une vrai délicatesse et profondeur de sentiment, je le sais bien, et une fois de plus il su se montrer fin psychologue en minimisant tout ce merdier et en m'assurant de son amitié solide et bourrue
-Boah allez, t'en fait pas, vieux. Tu la reverra, ta petiote. Elle risque rien, c'est toi même qui me l'a dit. Pas vrai ?
-Si…mais ça fait mal…
-T'inquiètes pas Will. T'inquiètes pas, vieux. Ca va aller. Et c'est moi qui te le dit. Je t'ai souvent raconté des conneries ?
Je dut me rendre à l'évidence et lui répondre que non…
-Bah alors tu voit bien ! Tu te rend malade pour rien !
Déclaration suivie d'une bourrade amicale dans l'épaule…Ca peut sembler simple, ça peut sembler basique, la façon dont il vint à mon aide. Mais c'était de cela dont j'avais besoin. Qu'un bon vieux copain solide comme un roc avec lequel j'avais partagé tant de choses et en qui je pouvais me fier m'assure que je reverrais l'amour de ma vie, même en ces heures sombres et terribles. Alors je le cru car j'avais envie de le croire et que rien ne pouvait réellement m'arriver de fâcheux, pas vrai ?
   Et cette impression ne m'a pas quittée, même en voyant la voiture avaler les kilomètres sur une route fantôme, ou nous ne croisons que quelques voitures dont les passagers on l'air hantés. Parfois dans les champs qui sous l'heure avançeant se parent de couleurs ternes et livides, ils nous semble voir la silhouette hésitante et désarticulée de quelques uns de nos nouveaux ennemis héréditaires en quête de leur nourriture impie. Pour compléter le tableau de cette descente aux enfets, il suffirait que la radio nous crache le bon vieux tube d'AC/DC,  Highway to Hell.

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Posté par paul muabdib à 15:16 - journal de bord III - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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