alone in the Dead

Si vous trouvez ce journal, transmettez le sans attendre aux autorités (si elles existent encore)... Méfiez vous des gens trop mordant... Et... FUYEZ!...

23 mars 2007

Salvatrice Adrénaline.

 Dans la vie, on se retrouve parfois confronté à des dilemmes et des cas de conscience. Et tel ne fut pas mon cas. Je dirais même que le choix fut enfantin. Quel choix ? C’est simple ; arrivé à la grille de notre caféteriat grillagée, je me retournais pour embrasser du regard cette situation qui à l’horreur habituelle avait ajouté chaos et confusion, notre duo masculin d’accidentés de la route s’étant vu soudainement augmenter de trois personnages – une accidentée de vélomoteurs et deux autres accidentés - de moto cette fois-ci – ces derniers étant à n’en pas douter à compter parmis les bad guys.

L’une de ces deux petites frappes de la cambrousse profonde était déjà en train de regretter amèrement sa chasse à l’homme – à la fille pour être plus précis. Celui que faute de mieux je surnommerait le « faucheur » glapissait, ululant des cris inarticulés, des borborygmes étranglés, comme si tant d’épouvante n’arrivait pas à franchir sa gorge, pendant que les morts-vivants s’étaient refermés sur lui tel un piège cadavérique aux dizaines de bras, de jambes, et de mâchoires. A peine était t’il happé dans cette gangue de chair morte qu’ils se repaissaient déjà de lui, qui accroupi et déchirant la chair du bras, qui allongé sur lui et dévorant l’épaule, en une masse d’individus telle que les soubresauts sporadiques d’agonie terrorisée du voyou du dimanche ne lui étaient d’aucune aide. Je ne le distinguais plus très bien sous l’enchevêtrement de ses agresseurs cannibales. Et je n’y tenais pas.


Seul, de toute évidence, une dizaine ou quinzaine de secondes séparait la situation du deuxième loubard de celle de son infortuné compagnon d’escapade. Et ce court laps de temps écoulé, il serait à n’en pas douter en train de hurler lui aussi  les mêmes bruits de gorge ignobles et abjects de victime dévorée vivante par les défunts. Après la chute de moto, désorienté et certainement sonné, il avait tenté de se redresser pour agir et sauver sa peau, mais immédiatement, dans son affolement et sa panique totale, il avait glissé et tâté à nouveau du sol, le choc ayant finalement été plus fort que l’instinct de survie,  pendant qu’un groupe de zombies dont les membres étaient peu ou prou aussi nombreux que ceux qui boulottaient son compagnon refermait le cercle formé autours de la proie en détresse. C’est là que j’eusse pu agir, pour détourner leur attention, tenter quelque action inconsidérée. Mais bien évidemment, ce ne fut pas le cas. Je l’ai dit, aucun dilemme. Pas seulement parce qu’il était certainement une ordure, et parce qu’il poursuivait une jeune femme terrorisée sur les routes d’une nation en ruine. Non, j’ai beau penser vite, je n’ai pas eu le temps de me poser le problème sous cet angle. Ou du moins si, mais de manière lapidaire. Si je l’abandonnais brutalement à son sort sans état d’âme - bah qu’il crève - c’est avant tout, et surtout, parce que non seulement lui et son faucheur avaient essayé de nous tuer, mais qu’en plus de cela un autre être humain risquait d’être bientôt sollicité par l’appétit vorace de nos chers disparus, et que cet être humain, c’était Stéphane.

 

 


Il y avait une certaine beauté théâtrale dans la scène que présentait Stéphane, un genoux à terre, l’arme à la main après avoir fait si joliment mouche sur nos agresseurs motorisés. Ces barbares des temps modernes étaient en train de nous filer dessus avec leur arme - de fortune, mais néanmoins formidable - lorsque le calibre 9 mm les avait stoppé net dans leur cavalcade. Du Sig Sauer s’échappait encore un léger filet de fumée. Joli sang froid, et très joli tir. Certes. Il n’en restait pas moins qu’une demi douzaine de morts vivants avaient prit pour cible de leur appétit insane le policier et l’ami qui venait de nous sauver la vie. Un groupe de morts vivants trop éloignés des deux motards au moment du crash pour les prendre en ligne de mire directe, très vraisemblablement des défunts qui se tenaient un peu plus loin sur le parking, et qui ne faisaient donc pas partie de ceux qui lorgnaient sur nous depuis que Stéphane avait abaissé cette grille. Attirés par le bruit, le choc, l’odeur du sang, ils étaient soudain sortis de leur torpeur imbécile et, ignorés de tous lors de la confusion, s’étaient approchés au point d’être maintenant en train de former un demi cercle qui tendait déjà des bras affamés vers lui. A première vue, six ou sept mètres, un peu plus peut être, avant le contact. Et j’avais déjà pu constater qu’une fois très proche de leur proie, cette engourdissement cadavérique qui se manifeste chez eux par une extrême lenteur s’efface. Il fait place, devant l’avidité que fait naître chez eux la promesse d’un repas vibrant de vie, à une vivacité quasi normale, la même vitesse d’action qu’un être humain légèrement blessé et boitillant. Seul, donc, une dizaine de seconde séparait maintenant Stéphane d’une situation catastrophique. Car, faut t’il le rappeler, la moindre morsure serait lourde, très lourde de conséquences.

 

 Tout s’accélèra ensuite en un tourbillon d’évènements, en une spirale de faits enregistrés quelque part dans mon esprit pendant que le reste de mon intellect, lui, était occupé à travailler à plein régime, les sens en éveil et m’injectant des impulsions à peine une pensée était t’elle ébauchée. Une série de faits dont je me rappelle comme d’une série de diapositives à laquelle j’aurais prit part, entrecoupée de zones d’ombres, et d’autres au contraire d’une clarté sans faille. Cette fameuse perception relative, dont je parlais, d’un temps élastique. Précipitation, peur, indécision sur la marche à suivre, et pourtant acte entrepris et advienne que pourra, peur panique de mourir et néanmoins – contre ce que me criais mon instinct de survie – danger accepté et affronté. Tout le pannel d’émotions que peu ressentir celui qui doit agir de façon courageuse, mais n’est pas né pour être un héros. Courage, peut être, mais dû avant tout à la drogue de combat la plus efficace et la plus ancestrale qui soit, la plus ancienne et la plus répandue, universelle et qui se manifeste en nous non seulement pour sauver notre peau, mais également parfois pour tenter de sauver l’épiderme d’un autre, ce qui fait de nous, après tout, une espèce moins égoïste que ce que nous compte les pessimistes. J’ai nommé l’adrénaline, bien évidemment. Salvatrice adrénaline.

 

Salvatrice adrénaline qui me fit pousser notre princesse du macadam dans l’éclairage blafard de la caféteriat . Elle chuta, ses jambes tremblant certainement encore sous l’effet du choc et ma poussée ayant certainement été brusque, mais tant pis, il n’était plus temps de faire dans la dentelle. Puis je me retournai, trouille au ventre vite vaincue par cette étrange sensation grisante. C’est là que commence vraiment la série de clichés renvoyés de manière hachée par ma mémoire elliptique. Je me souviens avoir fait quelques pas en avant, encore indécis, tandis que mon esprit notait trois faits : Le premier, c’est que les cris du faucheur commençeait à atteindre ces sommets, ce climax, cette apogée dans l’horreur et la stridence qui précèdent toujours l’extinction totale ou la voie se brise, et la vie aussi. Le deuxième, c’est que les cris de son compagnon le pilote, pas seulement les cris de dénégations et de peur, mais ceux de douleur et de désespoir, avaient eux aussi commencé. Le troisième fait, c’est qu’en ayant fait ces quelques pas dehors, je passais seulement à quelques mètres de ces cauchemars ambulants. Appelation hasardeuse, ceci dit : jamais mes cauchemars n’ont jamais été si terrifiants. 

 

 

 C’est à ce moment là que je vit la faux. Je jure que j’ai eu le temps de me faire toutes ces réflexions. Comme si l’homme, prit dans le feu de l’action, délaissant mentalement ce qui n’a pas d’importance, se voit allouer le temps de réfléchir en profondeur aux choses qui, elles, peuvent en avoir, et cela en un laps de temps record. Il s’agissait d’une faux de campagnard, un outil qu’on utilise plus de nos jours, mais qui étrangement semblait à peu prêt bien entretenue. Pas la faux rouillée et envahie de toiles d’araignées qu’on trouve dans la vieille grange de grand papa qui est resté à la campagne – ah, ma bonne dame, c’est pas prudent à son âge, vous savez. Non, pas ce type. Une arme encore bien métallique, tout juste rongée d’un soupçon de rouille, histoire de dire. Evidemment, donc, efficace. Diablement efficace, de balancer ce type de joujou un peu trop coupant. Surtout dans une masse compacte. De quoi trancher un homme en deux. Alors, si l’homme est déjà à moitié pourri sur pied, qui sait, plusieurs d’un coup. Je n’irais pas jusqu’à 10 (strike !). Mais plusieurs, envisageable.

 

 Seulement, moi, je n’étais pas dans un aussi bon état que l’arme en question. Faut t’il rappeler mon côté et mon épaule luxée ? Avec une blessure du type de celle qui me torturait depuis l’accident, il était absolument impensable pour moi de manier une arme aussi lourde. Surtout si l’on prend en compte le type de mouvement –

 

 sollicitant une grande mobilité et une grande rotation du torse – requis pour utiliser efficacement une faux en tant qu’arme de fortune. Qui plus est, quand bien même eu-je été en état de la manier, le risque aurait été bien trop grand pour moi de le faire. Ce genre d’arme est efficace pour tuer un voir plusieurs adversaire très rapidement, en un coup très large et mortel. Mais ensuite, sa lourdeur et sa non maniabilité nécessite un bien trop grand laps de temps réarmer pour un coup. Et cela même pour quelqu’un en pleine forme. Alors, imaginez un blessé. Il convient d’ajouter que ma main serait déjà mon tonfa – de manière si forte que mon bras tremblait et ma main me faisait mal – lorsque je passais prêt de l’arme. Je ne me rappelais pourtant pas du moment ou je l’avais dégainée, mais elle était bien là. Pour finir, le temps pressait. Me baisser pour ramasser la faux, c’était perdre une ou deux secondes, et c’était donc jouer avec le temps, et avec la vie de Stéphane. Plus tard, au retour, me dis-je. Et, tonfa en main, je passais bientôt à proximité de la seconde grappe noireâtre et infâme. Celle que formait le second groupe de morts-vivants, celui qui emmenait de force vers le sol un hell’s angel pitoyable de province, ce ridicule ersatz de cavalier de l’apocalypse qui maintenant à n’en pas douter devait déféquer dans son pantalon.

 

 D’instinct, jusqu’alors, je ne m’étais pas précipité, même eu égard à l’urgence de la situation. Le faire aurait peut être attiré l’attention sur moi. Alors, je n’aurais pas eu d’autres choix que de voir cette adrénaline me quitter devant la panique, sa sœur ennemie, qui elle m’aurait fait agir n’importe comment au risque d’y passer aussi – et de quelle manière – ou de rompre les rangs en abandonnant notre sauveur. C’est pourquoi c’est au pas que j’avais commencé à me diriger vers Stéphane. Mais une fois dépassé les deux groupes atroces de morts-vivants agglutinés sur leurs deux victimes hurlantes, les choses changèrent. La situation devenait plus que critique et selon ce que mon esprit affolé me renvoya comme évaluation approximative du temps, seule une poignée de secondes nous séparait maintenant du drame. Stéphane avait commencé à se relever, blafard. En homme d’action habitué au danger – je suppose que ç’était dû à cela – il avait assez rapidement intégré et géré le danger, et n’avait visiblement pas encore cédé à la panique plus que compréhensible de celui qui voit une demi douzaine de cadavres animés tendre les bras vers lui sur un parking perdu infesté de dizaines d'autres morts risquant eux aussi de se mettre en chasse à tout moment. Mais le soucis, c’est que les morts avaient commencé, en une approche tactique certainement involontaire ou instinctive - mais néanmoins efficace -à refermer leur demi cercle. Il  ne restait plus comme moyen d’échappatoire que de courir sur la gauche, au risque soit de passer dangereusement prêt des morts vivants occupés à dévorer les voyous, soit de s’aventurer plus loin sur le parking, en une plus large boucle pour rejoindre la porte de la caféteriat, ce qui était exclus bien évidemment. Non seulement y déambulaient des morts titubant, qui risquaient au passage de l’agripper, mais quand bien même leur aurait t’il échappé in extremis qu’il aurait fallu espérer que les morts vivants et leur mouvements erratiques, surtout ceux, nombreux, ayant fini leur immonde repas et se relevant, ne bloquerait pas le passage menant au sacro -saint sanctuaire grillagé. Stéphane était donc plus ou moins piégé, sauf en arrivant à briser ce demi cercle maudit et vacillant de moribond aux bras tendus et aux visages de cauchemars qui maintenant fondait sur lui. A tel point qu’il cria un juron –merde, pour être précis – et que sa voix se brisa en le faisant, la panique commençeant enfin à gagner la place qui lui était dûe en une telle situation ou elle se serait déjà emparé de n’importe qui sauf de quelqu’un de bien entraîné. C’est dire si j’arrivai à point nommé. Un vrai métronome. Parfaitement synchronisé, sur ce coup là.

 

 Et c’est ainsi que j’eu la réponse à une question que je m’étais posé toute ma vie. C’est le genre de question qu’on peut se poser, parfois, du moins lorsqu’on est d’un naturel rêveur et qu’on se gave d’une culture littéraire ou cinématographique emplie du culte des héros. De ce simple, direct, mais toujours efficace bon vieux culte du surhomme et du courage, qui transcende, fait soupirer d’extase un enfant, puis un adolescent. Puis un jeune homme. Qui engendre cette question, éternelle : et moi ?. Et si ? Et si moi j’étais confronté à une situation de réelle urgence, réellement critique, et qu’il m’était donné l’occasion d’agir ? Sans que cela soit pour sauver uniquement ma propre peau, auquel cas n’importe qui est capable d’exploits, auquel cas évidemment on ne peut parler de courage mais de survie. Mais pour sauver celle d’un autre ? Des milliers de fois des scénarios m’étaient passés dans la tête. Tout les clichés y avaient eu droit, de la jeune fille sur le point de se faire violer par deux individus louches dans une ruelle ombragée et que je passais à tabac jusqu’à ce qu’ils s’écroulent dans des poubelles odorantes, jusqu’au bébé vagissant dans une maison en flamme dans laquelle je m’engouffrais, une couverture sur la tête. Les yeux emplis de gratitude infinie de la jeune mère éplorée, et moi m’emplissant de ce simple bonheur, sans rien demander en échange. Dieu que ce serait bon, m’étais je toujours dit. Mais, et si ? Et si je passais la ruelle en feignant ne rien avoir vu, urinant de peur dans mes chausses en espérant que les voyous ne fassent pas attention à moi. M’écroulant de peur et de honte chez moi, n’osant affronter le regard de ma propre personne dans un miroir. Et si je refusais l’épreuve du feu, pour sauver ma propre peau désormais sans valeur, par veule couardise, condamnant une jeune chair bien plus tendre et bien plus innocente que la mienne à être grillée vive. Et si ? Telle fut cette question qui a la vérité m’a toujours taraudée. Telle furent mes rêves, telles furent mes angoisses, depuis toujours. Et maintenant, je sais. 

 

Jamais par le passé je n’aurais imaginé que l’épreuve aurait lieu sur le ciment du parking d’une aire de repos esseulée, à une dizaine de mètre de sa caféteriat, et encore moins que les embûches parsemées sur le dur chemin du courage seraient des morts-vivants, ces créatures qui avaient jalonné mes cauchemars d’enfance puis mes lectures ou mes visionnages de films d’horreur, d’épouvante ou de cette fantasy depuis toujours chère à mon cœur. Créature d’horreur absolue mais aussi créature imaginaire, jusqu’alors. Imaginaire, fantastique, appartenant au domaine du fantasme, de la rêverie, de la fiction la plus fantaisiste. Mais la réalité, le concret, s’était inversé, le vrai avait fait peau neuve, comme si le monde s’était retourné entièrement sur ses fondations pour laisser être vrai ce qui ne l’était pas et n’aurait jamais dû l’être. Et c’est ainsi que mon test de courage, pour savoir, enfin, devant le regard expectateur et dubitatif du destin si oui ou non j’avais du cran, ce fut ça. Courir, pourtant blessé, me jeter tout seul dehors, armé d’un tonfa pour sauver la peau d’un ami menacé par des zombies en surnombre, passant pour cela à côté de défunts encore plus nombreux et risquant à chaque seconde de se relever après leur macabre banquet, voyant plus loin sur le parking des zombies si nombreux que la raison vacillait de peur, et malgré tout courir, accélerer, ne penser à rien d’autre qu’à armer un coup, ne penser à rien d’autre qu’à…


L’Impact. Enfin, le contact, le choc, et un assaut ma fois considérable. Tout d’un coup, une libération en moi. Un regain d’énergie et de confiance. Ils sont lents. Ils sont si lents, si foutrement empotés et lents. On peut y arriver. On va y arriver. C’est la panique qui nous tue avant qu’eux ne le fasse. Je n’ai senti aucune douleur me déchirer le côté, étrangement, alors que j’ai abattu le tonfa en un arc de cercle diagonal, une courbe biaisée et descendante qui fauche le premier de mes nouveaux camarades de jeux sur le crâne. Pas assez fort pour lui fracasser le crâne, néanmoins. Un tonfa n’est pas une masse. Idiotement, il a l’air de rentrer la tête dans les épaules et tourne son gris visage vers moi. Affreux. Dieu qu’il est laid, édenté, dieu que ce regard est intolérable, le voile de la mort l’ayant coloré d’une teinte d’un laiteux maladif et malsain. Un regard qui semble presque surpris sous mon assaut imprévu. J’efface le regard d’un autre coup, un revers à la hauteur des yeux, justement. Un coup assené avec ce mélange de colère et de peur euphorisant, adrénaline, ma chère drogue de combat qui fait de moi un guerrier du macadam. Moi. Qui l’eût cru ?

 

 

 Mouché. Bien comme il faut. Il s’écroule. Aveuglé, peut être. Ils ne sentent pourtant plus la douleur, et le coup ne semble pas avoir fracassé le crâne non plus. Pas d’explication, il s’écroule c’est tout. Et tant mieux. Un autre mort est déjà en train de se tourner vers moi. Il se tient particulièrement courbé…peut être lui manque t’il quelques vertèbres, mais ce bossu du monde des défunts a également les bras levé, recourbés l’un vers l’autre en une sorte de pince dans laquelle, sans doute, il veut me donner une fatale embrasse. Je répugne à faucher celui ci du tonfa. Le revers ayant fauché le dernier me mettrait en bonne position pour enchaîner une attaque latérale classique, un coup droit, mais j’ai peur car ce genre de coup implique une rotation du thorax peu adaptée à ma blessure – je m’en suis bien tiré avec mon premier coup, celui qui a percuté le crâne du zombi que j’ai abattu ensuite d’un deuxième assaut – mais je ne voudrais pas tirer deux fois la queue du diable, ces petites bestioles là sont susceptibles. Qui plus est la façon dont il tend ses bras me fait redouter l’utilisation d’une arme trop courte. Il risque de m’agripper, ce vieux – très vieux – sagouin. Alors je lui donne un coup de pied. Classique. Une détente, toute bête, dans le milieu du corps. Je ramène le pied vers moi, puis je pousse vers l’avant. Je ne suis pas un expert en arts martiaux – dommage, vu les circonstances – mais je crois que ce genre d’attaque est prisée des aficionados du kick boxing ou de la boxe thai car il éloigne l’adversaire ou le fait choir, sans compter qu’il peut aussi lui couper le souffle. Je n’ai pas la deuxième prétention en déchaînant toute la force de ma ruade dans ses poumons morts et sans air (je suis moins idiot que cela, tout de même) mais j’ai tout de moins la première. Et là encore ça marche. Mon jour de chance. Salvatrice adrénaline.

 

 Le bossu est repoussé en arrière violemment dans un bruit mat et passablement écoeurant et ses vieilles guibolles rongées au ver ne le soutiennent pas d’avantage. Et il s’écroule sur son mort fessier. La scène aurait quelquechose de comique si l’on était pas dans une situation aussi foutrement périlleuse, atroce, et cauchemardesque.

 

 C’est là que le temps élastique fut prit dans un nouveau vortex et qu’il décida de passer au turbo. Lorsque juste après avoir fait chuter mon deuxième adversaire, un double tonnerre monstrueux explosa prêt de mon oreille gauche. Un vacarme assourdissant, qui par deux fois me crispa et me désorienta fortement. C’était la première fois, évidemment, qu’on shootait du 9 mm à cinquante centimètres de ma sensible oreille, et tympans enclume ou marteaux n’apprécièrent pas spécialement ce traitement outrancier, puisque c’est au trois quarts sourd, ahuri et presque sonné que je perçu le son étouffé que Stéphane produisit en tentant de me parler, et en me tirant le bras. Ce deuxième message était beaucoup plus clair. Il n’était plus temps de moisir ici et de jouer les héros. Et tant mieux car j’avais un soucis : le tonnerre de feu du Sig Sauer m’avait privé de ma chère compagnonne d’aventure : plus de salvatrice adrénaline…

 

 C’est d’ailleurs réellement, une impression de sortir d’un état second qui s’empara alors de moi. Comme si j’avais réellement été drogué, dopé, euphorisé. La trouille la plus terrible que je n’ai jamais éprouvé de ma vie monta alors en moi telle une bouffée de terreur indicible devant notre situation. Réellement, je n’ai jamais eu aussi peur que sur ce parking, à me retourner, tiré par le bras par mon ami policier, tournant le dos à des morts vivants distants de quelques mètres, voyant sur ma droite cette vision d’horreur absolue. Certains des membres de l’essaim grouillant de morts qui dévoraient les deux voyous commençeaient à se relever et à se tourner vers nous. Que dire de cette vision. Les cauchemars, après tout, sont des expériences éprouvantes mais généralement floues et imprécises. Mais être confronté à une vision digne du mauvais rêve d’un esprit malade ou torturé, et cela sous la lumière bien réelle d’un soleil d’hiver matinal, dessinant on ne peut plus nettement les contours de la scène épouvantable est une expérience non plus éprouvante, mais traumatisante. Se dessinant avec l’abrupte précision et la machiavélique exactitude de la réalité, s’offrait un spectacle qui m’aurait fait vomir sur place, si j’en avais eu le loisir. Tout ce sang vermeil bu par le macadam du parking, toute cette chair ravagée, arrachée, pendouillante et livide, cet amas de pulpe, ce si dérangeant blanc des os visibles sur les jambes rongées par les maccabées…le terme atroce poussé dans son sens le plus extrême ne parviendrait pas à décrire l’impression ignoble que laissait autant l’une que l’autre des deux dépouilles devastées, des deux charognes abominables autours desquelles se dressaient sur leurs jambes pantelantes ces créatures qui finalisaient le tableau de cet enfer sur terre ou nous étions plongés. Une masse compacte de spécimens tous plus terrifiants, monstrueux, difformes et répugnants les uns que les autres, formant presque un organisme précis, une entité de groupe dont les extensions étaient des membres décharnés - ou manquants - des yeux vitreux, ou là encore manquants, sur des visages morts, ravagés par vers et vermine. Parodies et pantomynes de vie, la mort s’amuseait à grimer la vie par autant de mimes et simulacres, le palais des glaces aux milles et un reflets ici devenait palais de l’angoisse au milles et une abominations. Que dire de celui qui apparement avait été arraché en deux par on ne sait quel procédé impie, suivi par sa colonne vertébrale, une queue osseuse et oscène, qui elle même trainaît dans la ligne de sang que formait sa reptation visqueuse tel un gastéropode sanguinolent. Ou du premier que j’avais remarqué en me retournant, tellement vacillant sur ses jambes qu’on eut dit qu’il se trémoussait sur quelques danse afro américaine syncopée, et dont les traits distinctifs étaient de ne plus avoir de mâchoire inférieure – au moins celui-ci ne pourrait plus mordre – et un globe oculaire gauche qui jouait au bungee sur la joue. La comparaison peut sembler amusante, mais multipliez ce tableau par 50 individus qui se tournent vers vous, se levant à quelques mètres après avoir boulotté deux types, pendant que vous en voyez – confusément, sur vos côtés, dans votre affolement – cent autres qui referment latéralement le piège et que pour finir vous entendez, derrière vous, d’autres morts prêt à refermer leurs mains glacées sur vous et vous comprendrez aisément que ce n’est pas exactement le fou rire qui me guettait.

 

 Heureusement, Stéphane était là, à me tirer par le bras, heureusement, il semblerait que nous ayons eu du cran jusqu’à présent et que nous n’étions à priori pas du genre à céder à la panique idiotement, frousse du siècle ou pas. Et, heureusement, là encore la situation ne me fait pas mentir. Instantanément je m’arrachait à la fascination morbide – qui avait duré en tout moins d’une seconde – dans laquelle cette vision quasi apocalyptique m’avait plongé, et je me mit en devoir de courir auprès de Stéphane vers notre salut.

 

 Ensuite, tout alla encore plus vite. Je n’eût pas le temps de me poser de questions, en me précipitant derrière Stéphane en direction de cette grille ouverte qui s’encadrait à ma vue comme un hâvre mille fois désiré qui repousserait l’échéance de cette fin terrible à laquelle il semblait que nous serions tous destinés tôt ou tard. Le moment le plus atroce fut bien évidemment lorsque nous fûmes contraints de passer à proximité du musée des horreurs. J’en avais la colonne vertébrale littéralement surchargée d’electricité tellement je crevais de trouille. On utilise parfois dans les romans le terme de peur « palpable ». Je comprend maintenant pourquoi. Parfois, il va sans dire, la vie ne tient qu’à un fil. Ou à une question. La question, en l’occurrence était celle-ci : serions nous assez rapide pour passer à proximité d’eux et atteindre notre refuge, ou seraient t’ils, eux, assez rapides pour couper notre trajectoire, auquel cas je ne donnais pas cher de nos peaux ?

 

 Nous passâmes. Le fait de devoir nous déplacer si prêt de ces créatures ignobles, qui tendaient déjà les bras vers nous, avec dans leurs cris cette nuance - que j’avais déjà pu entendre par le passé-  d’avidité et de malsaine anticipation, était une épreuve au-delà des mots. Avez-vous déjà été obligé de marcher à proximité d’un précipice vertigineux ? Ou juste à côté d’un chien de taille énorme, d’une espèce réputée imprévisible, que vous ne pouvez pas éviter, sans pouvoir maîtriser votre angoisse, sachant que cette dernière risque justement d’induire un comportement agressif, le tout en se demandant avec une angoisse éperdue si, cette fois-ci encore ça va « passer » ou si c’est aujourd’hui que ça va « casser » ? Si oui, rappelez vous votre peur, multipliez la par mille, et cela vous donnera une vague idée de ce que je ressentais – de ce que nous ressentions certainement tout deux – au moment ou nous passâmes à proximité de ceux qui étaient revenus de la tombe commettre de monstrueuses orgies cannibales aux dépens de nous, les vivants, les fuyards, les traqués. Les proies. Etre une proie. C’est apparement le comble de l’horreur, pour un esprit humain. Je le sais pour l’avoir vécu.

 

 Et une proie blessée, qui plus est, avec tout ce que cela peut induire de détresse supplémentaire. Car c’est au moment de notre fuite de retour que, de nouveaux, des langues à la fois enflammées et acides se mirent à sabrer mon corps en une diagonale cruelle partant de mon épaule contusionnée. A tel point que, même au comble de l’horreur, confronté aux affres de la plus indicible terreur, cette dernière douleur ne put faire autrement que de me ralentir. Cette saleté m’avait au moins permis de jouer les héros suffisament longtemps pour secourir mon vieux pote, mais avait apparement décidé que je devrais payer l’addition , là, maintenant !

 

 Cela dit, nous étions presque arrivés, et aucune main de zombie regroupée en griffe insane n’avait brutalement stoppé notre avance, chose que mon esprit redoutait en permanence, et qui était ma principale appréhension génératrice de ces surcharges d’énergie de terreur qui transformait mon dos en fourmilière atteinte de folie.

 

 C’est en arrivant à seulement une toise de l’encadrement béni de la grille surelevée que la souffrance connu un soudain pic, un crescendo traître et assassin, si pénible à supporter que j’en eu le souffle coupé, et que, dans ma précipitation et ma semi-panique – salvatrice adrénaline, ou était tu alors passée ? – je trébuchais, et, douleur et faiblesse dans mes jambes devenues cotonneuses sous l’effet additionné de la course effrénée et de la peur, je chutais lourdement sur le macadam en m’écorchant le coude gauche par dessus le marché.

 

 Je fut alors, réellement, à deux doigts non seulement de la panique réelle, mais de la folie pure et dure, mon esprit vacillant aux abords de la démence sous l’assaut de la terreur animale, viscérale, que j’éprouvais alors. Je crois que n’importe qui aurait paniqué, chutant ainsi, blessé et essoufflé, sur le parking d’une aire de repos en sachant les morts vivants à seulement quelques mètres derrière. Mais, la peur panique et débilitante qui montait alors en moi fut stoppée nette par l’événement qui survint chronologiquement : je me senti tiré en avant par deux mains fortes et solides. Merci, monsieur et Madame Moreau, d’avoir dôté votre fiston de ces deux honnêtes et solides mains de bon gars lui même sain et solide, car ces mains là m’arrachèrent des mâchoires de la mort, ne faiblissant pas à l’instant crucial.

 

 Eperdu de douleur, alors que je m’escrimais à reprendre mon souffle en fixant, à quatre pattes, les néons blancheâtres du plafond, j’entendis, à défaut de le voir, que ces mêmes mains refermèrent la fameuse, je dirais même la désormais mythique grille de fer forgé dont les croisillons en losanges métalliques reprirent leur rôle de remparts contre l’horreur. Et nous, nous reprimes notre rôle initial, celui d’assiégés. Sauf que cette fois-ci les assiégés étaient trois.

 

 Sains et sauf. Nom de dieu on était sorti sauver cette drôlesse et on était sains et saufs. Pour l’instant, mais il n’en restait pas moins que la vie vibrait toujours en moi, en lui, et en elle. Bizarrement, alors que mon souffle se calmait, que les battements de mon cœur apaisaient leur cavalcade effrénée dans ma poitrine - décidant de recommencer à injecter mon sang dans mon corps placidement au lieu de s’emballer comme un cheval de course rendu fou furieux – je pensais à la faux. C’est typiquement et humainement normal, pour autant que j’en sache. Les gens, confronté à l’horreur, à la mort, à la détresse, parfois partent dans des réflexions grotesques à force d’être hors-contexte. Les accidentés graves de la route qui râlent parce qu’ils ont abîmé leur nouveau jean, maintenant tout déchiré et taché de sang…Les gens qui viennent de chuter lourdement, gisant sur le sol avec plusieurs fractures ouvertes et se demandant si ils ont bien pensé à fermer le gaz ce matin. Les mystères du cerveau humain. Et mon cerveau - dont on ne peut indéniablement nier la qualité d’humain et le lot de bizarreries qui va avec - eu lui aussi cette réflexion un peu étrange : dommage, je n’avais pas pu ramasser cette damnée faux à mon retour. Reflexion ceci dit constructive – l’arme pourrait nous être éventuellement utile en cas de combat rapproché. Mais était-ce bien le moment de partir dans de telles considérations ? Les arcanes de l’esprit humain sont tortueuse et renferme bien des mystères et parfois un soupçon de magie, magie qui m’avait dopé lorsque quelques minutes plus tôt à peine – une éternité, déjà – j’avais tenté cette folle sortie.  Moi, et ma sainte, chère, et salvatrice, adrénaline.

 

 Et maintenant,  nous sommes là, sur les chaises en cuir rouge de cette caféteriat d’un trou paumé, devenus les trônes d’une citadelle assiégée dont nous sommes les gardiens. Nous sommes baignés d’un soleil d’hiver qui s’amuse, obliquement, à passer les mailles de notre grille pour jouer à projeter ses rayons d’ocres et d’or qui viennent mourir lumineusement sur nos visages. Ayant quelquechose d’apaisant, tout comme ce café noir qui darde ses effluves irrésistibles à nos sensibles narines, tentant de concert de nous rappeler que tant que la vie dure, l’espoir dure aussi, et même le bonheur. De simples bonheur peuvent toujours exister. Et le fait de vivre, de toujours être là, de ne pas encore faire partie de ceux qui sont tombés, en est un. Et nous nous regardons, choqués, et hébétés, avec Stéphane, pendant que Stéphanie, elle, reste muette après son récit.

 

 Et oui, elle s’appelle, assez platement, Stéphanie. Non pas que j’eûsse quoi que ce soit à reprocher aux Stéphanies – il doit y en avoir d’absolument charmantes. Mais elles ont ceci en commun avec les Catherines ou les Virginies qu’elles pullulent sur notre bon territoire des Gaules depuis des décennies. Elle est assez jolie. Pas une beauté fatale, mais plutôt mignonne. Disons, le genre que l’on remarque dans la rue, mais pas celle sur laquelle on se retourne une deuxième fois. Cheveux châtains, mi longs, les yeux noisettes. Elle dégage quelquechose d’assez naïf. Et elle a l’air très jeune, peut être 16, 17 ans ? Que voulez-vous, la vie n’est pas un film. Dans ces derniers, les héros sauvent des filles qui s’appellent Priscilla ou Jennifer, font au minimum du 95-C, et sont non seulement à tomber par terre mais prête à vous y accompagner. Zombies ou pas. Mais ça, c’est dans les films : dans la réalité, elles s’appellent Stéphanie, sont jeunes et naïves avec un accent campagnard, et ne sont que vaguement mignonnes. Mais si la vie n’est pas un film, le révoltant récit qu’elle venait de nous faire en avait, lui, bel et bien l’air issu.

 

 

 


chapitre precedent

Posté par paul muabdib à 22:38 - journal de bord III - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


04 mars 2007

“On fait pas d’omelette sans casser des oeufs”...

 

 

 (...)

Nous venions d’assister à un événement soudain. Une jeune femme était en moto et venait de pénétrer dans cette aire d’autoroute. Elle percuta quelque chose et fut projetée aux pieds d’un groupe de morts-vivants affamés par cette belle pièce de viande.

Celle- ci avait encore l’air sonnée. Son casque s’était brisé lors de sa chute.

Nous entendions toujours un bruit de moteur malgré le fait que la moto avec laquelle elle avait chuté est calée.

Will me regarda, impuissant, l’air de dire : « on ne va pas rester là sans rien faire ?… ».

La fille était affolée, bien qu’encore sous le choc. Elle se tenait le bras tout en se relevant tant bien que mal. Le groupe de zombies s’approchait inexorablement d’elle. Paradoxalement, la fille regardait les zombies mais aussi par de brefs coups d’œil, elle tournait la tête dans la direction d’où elle venait. Elle tenait à peine sur ses jambes. Il fallait agir.

Je ne la distinguais plus bien. Je fis donc part de mon plan à Will. Celui-ci était des plus simple : les morts-vivants étaient pour la plupart attirés par elle. Il suffisait de les détourner de leur intention première (ce dont j’allais me charger) et pendant ce temps là, il fallait aller chercher la fille et la ramener dans la cafet’ au chaud (ca c’était le boulot de Will). Malgré son épaule démise, je savais que Will y arriverait.

Nous fîmes donc le tour par derrière, comme je le pensais les zombies étaient partis, attirés par ce repas qui les attendaient. Je sortis mon pistolet, et mis les pieds dehors.

La fille, toujours sous le choc, tentait plus ou moins de repousser ses assaillants au ralenti avec un morceau restant de son casque. Ses coups étaient imprécis et voués à l’échec, mais ils suffisaient pour l’instant à maintenir les cadavres à distance raisonnable.

«  Will, tu es prêt ?… Je sais que tu as mal à l’épaule mais on doit tenter quelque chose pour cette pauvre fille, dis-je en me tournant vers Will.

Comme à l’accoutumée sa réponse était en accord avec ma proposition. Après tout, on disait que les vrais héros se révélaient qu’à l’approche du danger. Peut être que nous avions un rôle à jouer au milieu de tout cela ?

Un dernier regard à Will et j’y allais.

La plupart des « cadavres » nous avaient délaissés au profit de cette arrivée de viande fraîche. Leurs râles plaintifs avaient disparu et étaient remplacés par des plaintes vocales plus marquées. La fille semblait au bord de la panique mais elle arrivait pour l’instant à repousser les invitations des affables morts-vivants.

Je me rapprochais un peu plus, pris mon pétard en main et visait les premiers zombies qui s’approchaient de la fille. J’allais commencer ma diversion. Mais pourtant, ce fut autre chose qui attira les âmes en peine.

Une autre moto venait de surgir et deux individus étaient dessus. Je crois qu’ils furent un peu surpris par la masse de zombies qui était présente pour les accueillir. Le premier avait l’air d’être un bon pilote car il ne se laissa pas avoir par son freinage réflexe brutal. Le deuxième avait une faux entre les mains, vous savez celles que l’on trouve dans les campagnes qui servaient autrefois à couper les hautes herbes. Sans aucun doute, ils étaient là pour la fille, d’ailleurs le premier la repéra (sans trop de mal) et la désigna à son passager qui déplia un objet qu’il avait il y a quelques instants sur le dos. Il s’agissait d’une laisse télescopique comme celles que l’on utilise pour attraper les chiens dangereux dans la police.

La fille semblait prise de panique en apercevant les deux hommes. Elle avait presque autant l’air d’avoir peur d’eux que des morts qui tentaient de la dévorer.

Toujours est-il que le motard accéléra, et se mit à foncer sur elle tandis que son passager préparait la « laisse » avec l’intention clairement exprimée de la capturer sur leur passage.

Il fallait que je fasse quelque chose. Ces deux hommes n’avaient pas l’air d’avoir des intentions bénéfiques à l’encontre de la jeune femme. Je pris mon tonfa et fonça vers l’attroupement de zombies qui paraissait hésiter entre la fille et les deux autres sources de nourritures. Je n’eus pas trop de mal à passer au milieu des cadavres en les écartant à coups de tonfa assénés dans le creux du genoux. Les morts-vivants n’avaient même pas l’air de se rendre compte que j’étais là. La moto se rapprochait, je plongeais vers la jeune femme qui semblait comme paralysée. Je fus un poil court mais je réussis tout de même à la plaquer au sol à temps pour que le « collet » ne la prenne pas. Par contre, alors que la moto poursuivait sa route, nous nous retrouvions l’un sur l’autre au milieu des morts qui semblaient décidés de nous déguster comme hors-d’œuvre de leur festin.

Tant bien que mal, j’essayais de maîtriser la demoiselle. « … ça va… ça va… je ne suis pas l’un d’entre eux… Je viens vous aider… », seulement le problème était que je commençais à devoir faire face à tous les zombies du coin qui avaient eu le temps de se regrouper attirés, pour ceux qui ne l’étaient pas encore, par l’agitation qui se produisait devant eux.

Pendant ce temps, je distinguais la moto qui faisait demi-tour et se préparait sûrement à un deuxième passage. Notre situation s’annonçait mal barrée.

Et puis comme la cavalerie dans les vieux westerns de John Wayne, quelque chose a brutalement projeter les zombies qui étaient devant nous quelques mètres plus loin, nous ouvrant ainsi une voie pour rejoindre la cafétéria. Il s'agissait de Will qui avait sorti l'une des grandes tables a roulette de la caféréria et l'avait poussé malgré son épaule démise jusqu'a nous. Pour une fois, j'avais vraiment l'impression d'etre le héros d'un film de zombies, mais de ceux où les héros gagnent à la fin.

Grâce à mon ami, nous pouvions nous retrancher vers la cafétéria, notre source de sécurité. Le probleme était que nos deux amis à moto ne l'entendait pas de cette oreille et avaient décidé de nous charger avec la faux cette fois.

"Will, prends la fille avec toi et rentre!!..." La fille était dans un état de choc, elle suivait tant bien que mal notre course éffrénée. Will me jeta un regard mais il compris quand je mis mon tonfa en position de défense et ne dis rien, s'occupant de sauver notre jeune ami des affamés qui se regroupaient dèja, et des deux motards qui lui en voulait pour je ne sais quelle raison.

Toujours est il que les motards étaient déja sur moi, et je reussi tant bien que mal à esquiver. Celui qui avait la faux dans les mains avait bel et bien essayer de me tuer. Et maintenant ils se dirigaient tout droit  vers la fille et mon ami qui étaient un peu plus loin.

C'est dans ces moments là que le stress est soit un facteur positif, soit un facteur négatif. Mais je crois que j'avais été touché par la grâce à ce moment là. Je me vis comme dans un rêve au ralenti. Je sortis mon calibre, me mis à genoux, en position de tir visé et tranquillement je visais le dos de celui qui tenait la faux.

Vous me croirez si vous voulez mais comme dans les films, je fis mouche deux fois. Will se retourna et vit la moto qui faisait une embardée avec celui que j'avais touché qui roulait au sol en ayant laché sa faux et le conducteur qui était en panique parce qu'il voyait arriver sa chute sans rien pouvoir faire. Will pu finir sa course avec la jeune fille jusqu'à la porte salvatrice de la cafétéria. Les zombies alentours s'étaient déja précipités (si l'on peut dire ça) sur celui que j'avais touché et qui tenter tant bien que mal de bouger pour éloigner la mort lente qui lui tombait dessus. Quand à l'autre, il se retrouvait encerclé. Il avait fait une glissade qui l'avait déboussolé et les zombies avaient eu le temps de se mettre tout autour de lui.

Quand à moi, je les avais oublié et pourtant ils étaient également "amoureux" de moi et voulaient à leur tour m'embrasser....

J'étais dans un beau pétrin, tiens...


(...)

Posté par paul muabdib à 14:30 - journal de bord II - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1