10 octobre 2007
"the night of the living dead"...
Le cri de Stéphanie nous avait fait sursauter tous les deux. L'adrénaline que nous avions sécrété en quantité ne faisait plus effet et cédait la place peu à peu à un sentiment de défaite mêlé à celui de la crainte. Que se passait-il en haut?...
Nous nous regardions encore un peu abruti, pris entre les relents de peur, les vagues restes de colère et surtout la peur de l'inconnu, de la morsure qui arrive toujours bêtement dans les films. Sauf que là, c'est le monde réel et que l'on a pas de « crédit », « d'extra-ball » ou de vie en plus.
Je pris tout de même sur moi afin de me précipiter jusqu'au rez-de-chaussée. Et là je fus un instant cloué sur place. Vous êtes-vous déjà imaginé au début du film « il faut sauver le soldat Ryan » au moment où les ponts des barges se baissent, et que subitement tout devient chaos, que votre espérance de vie passe de quelques heures à une poignée de secondes en à peine un instant. Disons que pour résumer je ne m'attendais pas à ça. Nous avions laissé la porte ouverte derrière nous et comme dans tous les films d'horreur, la mort arrivait sur nous en masse.
Stéphanie était dans un état de panique absolue, prostrée sous l'escalier avec un tonfa à la main alors que par l'issue que nous avions laissé entrouverte, la mort putride et ses innombrables incarnations se déversaient à flots continus.
« Putain!! Will!! Putain, magne-toi le cul... Ca craint ici!!!... Bordel de M.. » criais-je sans me retourner. J'entendis quelques microsecondes plus tard un hoquet de surprise derrière moi. C'était Will qui lui aussi pestait tout ce qu'il pouvait, laissant tomber sa cigarette de stupeur.
- Merde, ça y est on va crever mon pote... Me dit-il d'un air résigné.
- En tout cas, ils ne l'emporteront pas au paradis... Ca je te le jure!!!
- En enfer...
- Quoi?
- En enfer... Ils ne l'emporteront pas en Enfer!... »
D'un accord commun, sans qu'aucun plan ne soit élaboré, nous fonçâmes avec synchronisation au devant de l'armée des morts et de ses esprits cannibales. Je crois que c'en était trop pour nous deux. Un voile flou descendit sur nos perceptions, altérant les images et les sons de la bataille qui se tenait dans cet endroit perdu au milieu de nul part.
Le reste n'est que suite de coups de hache et tirs de pistolet, perte de membres, vol de lambeaux de peau pourrissante, explosion de viscères nécrosés et crânes éclatants comme des melons trop murs. Cette danse mortelle que nous menions avec Will semblait intemporelle, loin du lieu dans lequel s'était réfugié notre esprit. En tout cas jusqu'à que les portes physiques et tangibles de la salvation se soient refermées nous laissant seuls et saufs, isolés de la mort qui marche pour quelques futiles journées de plus.
Quelques
temps plus tard nous reprenions enfin nos esprits, enfin, je dis
quelques temps sans savoir s'il s'agissait de secondes, de minutes ou
de dizaines de minutes...
Will était couvert de lambeaux de peau et de sang séché, des amas de chair sanguinolente lui dégoulinaient des membres supérieurs. Je devais être dans un état similaire rien qu'à sentir le coté « gluant » de ces abjectes matières qui me collaient la peau. Le vestibule était couvert des offrandes aupines laissées par nos adversaires en déroute. Ils étaient néanmoins toujours là, des dizaines, que sais-je peut être des centaines de bouches attendant d'être nourries, guettant la moindre faiblesse de notre part.
Il fallait que l'on s'organise.
« Will aide moi!!... » Dis-je en me dirigeant au plus vite vers le buffet qui siégeait non loin de l'entrée. « Je pense qu'il va falloir que l'on blinde les points d'accès, mon ami. Il me semble qu'il y a la porte d'entrée qui, a priori est fermée, peut être une ou deux portes fenêtre et cette porte là!! Il va falloir que l'on se bouge au plus vite pour réfléchir à tout ça, quitte à utiliser les clous de la sainte-croix pour barricader ces putains de portes!! »
Action-réaction,
cela se déroulait comme dans un mauvais rêve sorti de
série Z, je jonglais entre les points d'accès que nous
avions identifié. Notre chance (enfin...) était que les
volets des portes-fenêtres étaient clos. Cela permettait
au moins de se concentrer sur les portes principales.
Will finit par
trouver ce qu'il fallait. En fait, tout se trouvait à la cave.
Après le reste se fit rapidement, comme dans « Je
suis une légende » de Richard Matheson, sauf nous
étions trois, et que les « vampires »
étaient cette fois les légions d'hadès venues
pour nous inviter à participer à leur festin.
Ensuite,
toujours en action, on nettoya les restes de nos adversaires pour
éviter l'odeur et l'on mit tout à la cave que l'on
scella.
Puis ce fut le moment du dernier tour d'inspection de la maison qui était devenue bien gré mal gré la nôtre. L'activité et l'excitation retombant, nous décidâmes de passer la première vrai-nuit de sommeil depuis des lustres et nous prîmes chacun un lit à l'étage. Le sommeil de morphée nous attaqua immédiatement sans appel, pour reprendre le surcroît de force qu'il nous avait allouer quelques heures auparavant. Toujours est-il que l'on allait s'endormir pour la première fois sans que l'un de nos deux yeux reste ouvert à guetter.
... La première erreur peut-être?
... Comme pour répondre à cette question dans les méandres du sommeil qui m'abrutissait, je fus pris de panique à la sensation étrange que quelqu'un se trouvait dans ma chambre et s'approchait de moi. Ça y est, j'allais mourir. J'avais pêché par excès de confiance, ou manque de prudence. Nous en avions oublier un peut être....
... Le néant...
... Mais toujours pas de douleur...
... Des draps arrachés...
... La sensation d'un corps chaud contre moi... Stéphanie... qui me colle pour se rassurer tout en m'ayant flanqué la trouille de ma vie.

