10 octobre 2007
"the night of the living dead"...
Le cri de Stéphanie nous avait fait sursauter tous les deux. L'adrénaline que nous avions sécrété en quantité ne faisait plus effet et cédait la place peu à peu à un sentiment de défaite mêlé à celui de la crainte. Que se passait-il en haut?...
Nous nous regardions encore un peu abruti, pris entre les relents de peur, les vagues restes de colère et surtout la peur de l'inconnu, de la morsure qui arrive toujours bêtement dans les films. Sauf que là, c'est le monde réel et que l'on a pas de « crédit », « d'extra-ball » ou de vie en plus.
Je pris tout de même sur moi afin de me précipiter jusqu'au rez-de-chaussée. Et là je fus un instant cloué sur place. Vous êtes-vous déjà imaginé au début du film « il faut sauver le soldat Ryan » au moment où les ponts des barges se baissent, et que subitement tout devient chaos, que votre espérance de vie passe de quelques heures à une poignée de secondes en à peine un instant. Disons que pour résumer je ne m'attendais pas à ça. Nous avions laissé la porte ouverte derrière nous et comme dans tous les films d'horreur, la mort arrivait sur nous en masse.
Stéphanie était dans un état de panique absolue, prostrée sous l'escalier avec un tonfa à la main alors que par l'issue que nous avions laissé entrouverte, la mort putride et ses innombrables incarnations se déversaient à flots continus.
« Putain!! Will!! Putain, magne-toi le cul... Ca craint ici!!!... Bordel de M.. » criais-je sans me retourner. J'entendis quelques microsecondes plus tard un hoquet de surprise derrière moi. C'était Will qui lui aussi pestait tout ce qu'il pouvait, laissant tomber sa cigarette de stupeur.
- Merde, ça y est on va crever mon pote... Me dit-il d'un air résigné.
- En tout cas, ils ne l'emporteront pas au paradis... Ca je te le jure!!!
- En enfer...
- Quoi?
- En enfer... Ils ne l'emporteront pas en Enfer!... »
D'un accord commun, sans qu'aucun plan ne soit élaboré, nous fonçâmes avec synchronisation au devant de l'armée des morts et de ses esprits cannibales. Je crois que c'en était trop pour nous deux. Un voile flou descendit sur nos perceptions, altérant les images et les sons de la bataille qui se tenait dans cet endroit perdu au milieu de nul part.
Le reste n'est que suite de coups de hache et tirs de pistolet, perte de membres, vol de lambeaux de peau pourrissante, explosion de viscères nécrosés et crânes éclatants comme des melons trop murs. Cette danse mortelle que nous menions avec Will semblait intemporelle, loin du lieu dans lequel s'était réfugié notre esprit. En tout cas jusqu'à que les portes physiques et tangibles de la salvation se soient refermées nous laissant seuls et saufs, isolés de la mort qui marche pour quelques futiles journées de plus.
Quelques
temps plus tard nous reprenions enfin nos esprits, enfin, je dis
quelques temps sans savoir s'il s'agissait de secondes, de minutes ou
de dizaines de minutes...
Will était couvert de lambeaux de peau et de sang séché, des amas de chair sanguinolente lui dégoulinaient des membres supérieurs. Je devais être dans un état similaire rien qu'à sentir le coté « gluant » de ces abjectes matières qui me collaient la peau. Le vestibule était couvert des offrandes aupines laissées par nos adversaires en déroute. Ils étaient néanmoins toujours là, des dizaines, que sais-je peut être des centaines de bouches attendant d'être nourries, guettant la moindre faiblesse de notre part.
Il fallait que l'on s'organise.
« Will aide moi!!... » Dis-je en me dirigeant au plus vite vers le buffet qui siégeait non loin de l'entrée. « Je pense qu'il va falloir que l'on blinde les points d'accès, mon ami. Il me semble qu'il y a la porte d'entrée qui, a priori est fermée, peut être une ou deux portes fenêtre et cette porte là!! Il va falloir que l'on se bouge au plus vite pour réfléchir à tout ça, quitte à utiliser les clous de la sainte-croix pour barricader ces putains de portes!! »
Action-réaction,
cela se déroulait comme dans un mauvais rêve sorti de
série Z, je jonglais entre les points d'accès que nous
avions identifié. Notre chance (enfin...) était que les
volets des portes-fenêtres étaient clos. Cela permettait
au moins de se concentrer sur les portes principales.
Will finit par
trouver ce qu'il fallait. En fait, tout se trouvait à la cave.
Après le reste se fit rapidement, comme dans « Je
suis une légende » de Richard Matheson, sauf nous
étions trois, et que les « vampires »
étaient cette fois les légions d'hadès venues
pour nous inviter à participer à leur festin.
Ensuite,
toujours en action, on nettoya les restes de nos adversaires pour
éviter l'odeur et l'on mit tout à la cave que l'on
scella.
Puis ce fut le moment du dernier tour d'inspection de la maison qui était devenue bien gré mal gré la nôtre. L'activité et l'excitation retombant, nous décidâmes de passer la première vrai-nuit de sommeil depuis des lustres et nous prîmes chacun un lit à l'étage. Le sommeil de morphée nous attaqua immédiatement sans appel, pour reprendre le surcroît de force qu'il nous avait allouer quelques heures auparavant. Toujours est-il que l'on allait s'endormir pour la première fois sans que l'un de nos deux yeux reste ouvert à guetter.
... La première erreur peut-être?
... Comme pour répondre à cette question dans les méandres du sommeil qui m'abrutissait, je fus pris de panique à la sensation étrange que quelqu'un se trouvait dans ma chambre et s'approchait de moi. Ça y est, j'allais mourir. J'avais pêché par excès de confiance, ou manque de prudence. Nous en avions oublier un peut être....
... Le néant...
... Mais toujours pas de douleur...
... Des draps arrachés...
... La sensation d'un corps chaud contre moi... Stéphanie... qui me colle pour se rassurer tout en m'ayant flanqué la trouille de ma vie.
10 juillet 2007
la mort finit toujours par vous rattraper part I
Il fallait que je réfléchisse. Étions nous vraiment obligés de faire quelque chose? Est-ce que l'on était pas encore sous le coup de la testostérone qui nous avait stimulé lors de notre sauvetage? Après tout, on n'était pas obligé de jouer les héros, de se mouiller pour cette fille, chacun pour soi et dieu pour tous... Et puis, il fallait que l'on trouve une voiture, sans les clés de contact c'était plutôt « chaud la braise », et puis ces gars là étaient peut être plus de trois. Non, nous devions faire quelque chose parce que nous en avions le devoir, parce que l'on était du bon coté de la force. Je ne sais pas si je serais capable de vivre avec cette erreur sur la conscience. Ce qui fait que l'humanité est forte, c'est son coté « animal de société », nous vivons pour les autres et à travers les autres.
Toujours est-il qu'il fallait faire ou ne pas faire quelque chose de fou.
« Will, écoute je réfléchis a ce que l'on peut faire. Ce que je te propose c'est d'éviter de foncer bille en tête contrairement à ce que pouvaient faire les personnages de jeux de rôle que l'on incarnait il y a quelques années. Pendant ce temps, commence à rassembler les choses que l'on peut emporter d'ici : outils, bouffe, vêtements, etc. Pour ma part, je vais aller dans le vestiaire du personnel voir si par hasard je trouverais pas une clé de voiture qu'un employé aurait mis dans son placard. Dés que Stéphanie sort de sa douche, prend là avec toi, elle t'aidera dans cette tache ingrate mais indispensable.
- Ouais bonne idée.
- Pense aussi à aller faire un tour dans la boutique de la station-service, il y a sûrement deux trois ustensiles pour voiture qui pourraient nous servir, ou des mags-lite accompagnées de leurs piles... »
Je me dirigeais donc dans la direction du vestiaire du personnel de service, muni d'un pied de biche que j'avais trouvé sous le comptoir du bar de la cafétéria, pendant que mon ami ouvrait les placards, chambres frigorifiques et autres lieux pouvant contenir des denrées comestibles.
Le vestiaires du personnel contenait une vingtaine d'armoires métalliques. La plupart contenait des habits que je récupérais dans un sac, en séparant les vêtements masculins des vêtements féminins. Je laissais de côté ceux qui m'apparaissait tout de suite trop petits. Je trouvais deux clés de voiture : une clé de renault et une clé de ford. La chance était avec nous.
Quelques dizaines de minutes plus tard, nous avions trié des vêtements et de la nourriture dans deux sacs de sport trouvés dans la station-service en lot d'un jeu quelconque. J'avais mis de coté trois petits sacs à dos dans lesquels j'avais mis deux cartes IGN (très utiles), une boussole, un grand couteau de cuisine et sa pierre à aiguiser, une mag-lite et des piles, des couteaux suisses quelques provisions, et des polars pour se détendre. Comme arme on allait se servir du pied de biche et d'une hache à incendie trouvée dans l'arrière boutique.
Nous étions prêt. Je rigolais même intérieurement en observant Will qui rangeait les quelques cartouches de cigarettes qu'il avait réussi à dénicher ici et là. Nous étions aux portes de la mort et ce bon vieux Will gardait toujours l'esprit pragmatique, contraint et forcé par l'implacable envie de nicotine.
J'avais déjà réfléchi à un plan d'évacuation pendant que nous rassemblions nos maigres possessions. Stéphanie, pourtant toujours silencieuse sorti de sa léthargie.
« Pourquoi avons nous fait ça?... Dit-elle d'une petite voix apeurée. Sentant la proximité d'une départ certain.
- Nous allons chercher tes compagnes d'infortunes. Dit mon pote Will sur un ton détaché.
- Je... Stéphanie tenta d'articuler quelque chose mais ils ne sortirent pas. Je ne pense pas qu'elle était franchement enchantée de revenir là-bas.
- Attendez moi là, je vais monter sur le toit, essayer de repérer si je trouve les voitures qui pourraient correspondre à ces clés que j'ai trouvé. »
...
La vision qu'offrait le toit de la cafétéria n'était pas des plus plaisante, même si nous avions l'impression que les morts nous avaient oublié, ce n'était qu'en partie vrai. Ils étaient toujours là, omniprésent, hantant chaque coin, telles des marionnettes asservies par leurs vieux réflexes de vivants. Je repérais les voitures sur le parking et testait les clés. Joie. Un clignotement familier se produisit à une trentaine de mètres de la cafétéria, il s'agissait d'une ford mondéo break. C'était bon signe, la batterie fonctionnait encore. Il ne restait plus qu'à...
... Je redescendis et exposa le plan que j'avais conçu pour sortir de notre planque et atteindre la voiture plus ou moins sans encombres. Celui-ci était simple et se basait sur une scène du deuxième film de G. ROMERO « Zombie ».
« Bon... Vous êtes prêt?... Dis-je en regardant mes deux compagnons. Mon ami Will, la clope au bec, son air abattu coutumier mais rassurant, et cette jeune fille qui avait connu la part sombre de l'humanité et que nous allions venger.
- Vous... Vous n'êtes pas obligé de faire ça. J'ai pas envie de retourner là-bas moi! Même si ce que je dis est dégueulasse pour mes anciennes compagnes de captivité. Mais elles sont peut être mortes à l'heure qu'il est.
- Tu sais, nous aussi on a peur, c'est humain. Le fait est que l'on ne peut pas rester la éternellement, les vivres vont finir par manquer et on est au milieu de nulle part. On devait y aller de toute façon, donc ce « projet » nous en offre la possibilité... Dis-je en essayant de minimiser ce que l'on avait entrepris de faire. »
Stéphanie nous regardait l'un et l'autre, avec le visage troublé. Était-ce la crainte de ce que nous allions faire ou autre chose?. Toujours est-il que Will, troublé lui aussi mais toujours aussi motivé, me soutenait, m'est avis, à cent pour cent. Dans la vie, « il y a deux types d'hommes, ceux qui ont un revolver chargé et ceux qui creusent » disait Clint Eastwood dans « le bon, la brute et le truand », moi je dirais plutôt que « dans la vie, il y a ceux qui agissent et ceux qui subissent ». Dans notre cas, il valait mieux agir que subir et finir dans l'estomac pourrissant d'une des loques zombifiées qui nous guettait dehors.
Est ce que le plan allait fonctionner? Stéphanie alla rejoindre la place que nous lui avions dévolu, à l'opposé de là où nous nous trouvions, près de la sortie de secours du fond de la cafétéria. Et puis nous passèrent à l'action. Will faisait du raffut pour « les » attirer de ce côté pendant que je m'entayais l'avant bras pour asperger de quelques gouttelettes de sang les premiers venus et peut être exciter la convoitise et la faim des autres. Notre plan avait l'air de fonctionner. Les morts-vivants sortaient de leur mutisme, et daignait tourner la tête de notre côté. La faim guidait de nouveaux leurs pires instincts cannibales et les forçaient comme des marionnettes mal articulées à se rendre près du lieu où se tenaient leurs proies trop bruyantes. Puis une fois convaincus qu'ils étaient tous plus ou moins là, nous nous précipitâmes de l'autre côté où nous attendait Stéphanie. Il fallait agir vite, Will prit Stéphanie par la main en lui tendant le pied de biche, et se préparait à me suivre, concentré.
J'ouvris la porte brusquement en essayant qu'elle ne claque pas. Je sortis en premier. Les zombies semblaient avoir tous été attiré par le bruit que nous avions fait de l'autre côté. Mon plan, pour ce qu'il était, avait fonctionné. Prudemment, nous progressions vers la voiture qui avait répondu positivement aux clés de contact que j'avais trouvé. Les zombies ne nous avaient pas encore repéré.
Le zombie, abruti par définition, mais tellement effroyable. On se demande comment les héros de films du genre arrivent à se faire coincer et dévorer. Mais quand on est dans leur situation, on ne pense jamais à tout, et puis vient se greffer la panique, le stress et surtout le nombre d'opposant sortis des cimeterres. Ils sont peut-être lents, cons et dénués de conscience, mais ils sont terriblement nombreux. Nombreux et mortels. De ce que j'en avais vu, une seule morsure suffisait et l'on finissait condamné à finir comme eux. Enfin, quand on avait pas la malchance de finir en hachis parmentier.
Bref, pour l'instant la chance nous souriait. Nous étions dans la voiture sans encombres, rassurés. Stéphanie était à l'arrière et par réflexes était en train de verrouiller les portes, et mon Will était avec moi à l'avant.
La voiture toussota mais démarra presque aussitôt. Notre bonne étoile avait décidé de nous sourire pour le moment, c'était une bonne chose. Et que rêver de plus, on avait quasiment le plein. C'est beau quand tout se déroule à merveille.
Mais il fallait rester concentré sur ce que nous allions faire. Après tout, il y a peine quelques jours, nous sortions d'un grave accident de la route. Will se tenait d'ailleurs l'épaule qui avait été démise lors du crash. Je pris la sortie de l'aire de repos.
« tu te rappelles comment aller dans la maison des ordures qui t'ont suivi, Stéphanie?... Lui demandais je en me retournant.
- oui, je crois... »
...
Nous avions tourné un peu plus d'une heure pour trouver le bon chemin. Mais Stéphanie finit par nous indiquer le bon sur ses propres souvenirs. Je crois bien que Will avait du fumer un paquet de cigarettes en entier pendant le délai de route. La maison était dans un hameau, bien à l'écart des autres, quasiment au milieu des bois d'après ce que nous avait dit Stéphanie. Une fois que nous nous trouvions à moins d'un kilomètre et demi, à peu près, je stoppais la voiture. Nous allions faire le reste à pied. Les zombies n'avaient pas l'air d'être trop nombreux dans le coin. Bien sûr, de temps à autre nous entendions un râle ici ou là, preuve qu'ils étaient tout de même les maîtres de ces bois. La maison était désormais visible au travers des branches.
« Bon... Y a plus qu'à, comme on dit, hein? Dis-je en me tournant vers mes deux compagnons. Ils étaient tous les deux en train de regarder sur le côté.
- Oh mon dieu la pauvre... avait dit Stéphanie d'une toute petite voix en indiquant l'endroit qu'elle regardait. »
Je me tournais et vit une jeune femme qui approchait. Sauf que ses yeux étaient bleu comme la mort, une partie de son coup était manquante et ses viscères la suivait comme autant de petits chiens dociles.
05 avril 2007
Un survival… Un !
(…) Bon, Il était clair que cette fois j’avais côtoyé la mort de près. Sans l’intervention de Will je ne sais pas si j’aurais réussi à m’en sortir. Mais toujours est il que c’est le cas, et que nous avions même réussi avec brio puisque Stéphanie était présente avec nous.
Elle avait eu une réaction de recul au début quand elle a repris ses esprits, mais nous venions de lui sauver la vie et peu à peu elle s’est rassuré et à consenti à nous faire confiance. Elle semblait encore sous le choc. Toutefois elle avait pu nous donner son prénom : « Stéphanie », prénom ravissant, enfin je dis ça sûrement parce qu’il est très proche du mien.
Pendant qu’elle se remettait, je préparais un peu de café, histoire de calmer les esprits et j’allais voir mon pote, qui se tenait l’épaule. Il avait l’épaule bleue et enflée. En tâtant j’avais l’impression qu’elle s’était remise en place toute seule, restait à voir si cela c’était fait dans de bonnes conditions et rien ne s’était coincé quand l’os s’était remis dans son emplacement. Je récupérai un torchon pour immobiliser son bras, et lui fis bouger les doigts pour voir si tout circulait correctement.
« Tu crois qu’elle va s’en remettre me dit Will pendant que je lui immobilisais le bras ?…
- Je ne sais pas elle a l’air en état de choc… Au fait… Merci pour tout à l’heure, je ne…
- Non dis rien c’est normal, tu aurais certainement fait pareil à ma place, me dit mon ami en me regardant droit dans les yeux comme si nous étions deux êtres au même destin.
- Repose-toi un peu pendant que le café finit de couler, tu l’as mérité. » En disant cela je jetais un coup d’œil furtif à la grille où nos amis d’outre-tombe avaient repris le même type d’ activités que d’avant l’accident.
Une fois le café fini, je servis trois tasses que je mis sur un plateau et je posai la cafetière sur le plateau pour que tout le monde puisse se servir.
Stéphanie pris sa tasse tout en restant un peu dans le vague. Je la regardais, elle devait être jolie un peu mieux arrangée. Ce n’étais pas un « canon » comme on dit d’habitude mais elle avait le charme de la jeunesse que possédait les filles d’une vingtaine d’années. Elle semblait avoir traversé de terribles épreuves. Elle avait les cheveux sales, une chemise et un pantalon trop grands pour elle, et des ecchymoses sur toutes les parties visibles du corps. Ses yeux noisettes étaient cachés par les cheveux qui lui retombaient sur le visage.
« Je… Je vous… remercie, dit la jeune fille tout en regardant son café en brûlant émettre des volutes provoquées par la chaleur de celui-ci. Celle-ci releva un peu la tête pour nous dire cela.
- De rien, tu sais nous avions la possibilité de le faire, alors on l’a fait. Il se peut bientôt que l’on ne rencontre plus que des morts autour de nous. Dis-je en la regardant. Et puis, j’ai toujours mes vieux réflexes de flic et Will, ici présent, à trop bon cœur pour laisser une jeune fille sans défense se faire dévorer par les zombies qui nous entoure.
- Bon cœur peut être ! Mais l’épaule détruite dit-il en s’allumant une cigarette.
- Tu as de la chance, j’ai l’impression que l’épaule s’est remise dans son emplacement toute seule. Reste plus qu’à espérer qu’elle n’est pas coincé une veine ou un nerf. Essaye de ne pas bouger ! » lui dis-je en tournant la tête vers lui.
Quelques minutes passèrent… Je servis une deuxième tasse de café à tout le monde.
« Je m’appelle Stéphane et voici mon pote William. Je travaille comme flic dans le métro sur Paris et William travaille au « trésor » dans la banlieue parisienne. Suite aux récents évènements qui ont conduit à l’apparition de nos compagnons d’outre-tombe et à leur victoire face à l’humanité, nous avons tous les deux décidés de faire une traversée infernale pour rejoindre notre limousin natal et voir si nos familles respectives avaient pu réchapper de l’apocalypse. En gros, voilà pour le début. Ensuite nous avons eu un accident lors de notre voyage qui nous a conduit ici non sans problèmes. Et depuis quelques jours, nous nous demandions ce que nous devions faire jusqu’à ton arrivée.
- les morts s’accumule depuis autour de cette cafétéria comme autant de mouche autour d’une crotte de chien, dit Will en éteignant sa cigarette.
- Je m’appelle Stéphanie, vous le savez déjà. J’ai dix-neuf ans tout rond depuis trois mois à peine. J’étais venu passer des vacances chez de amis de mes parents quand tout s’est déclenché… J’ai vu la famille qui m’a accueilli se faire dévorer, par leurs propres voisins… C’était horrible… En disant cela, elle se passa une main dans les cheveux et regardait le sol carrelé.
- Mais pourquoi ces deux individus belliqueux te poursuivaient ils ? Lui dis je.
- Ils… »
On voyait que cette partie de l’histoire allait receler un drame. La jeune femme hésitait à parler, ou ne pouvait peut être pas le faire. Des larmes montaient au coin de ses yeux. Et elle ne nous regardaient plus du tout.
« ils… Ils m’ont séquestré… »
L’évidence de cette affirmation nous laissait tous les deux comme des abrutis. Ca coulait de source. La poursuite, et tout le reste, nous offrant les pires suppositions quant à ce qu’avait pu subir la jeune femme. Souvent, dans les moments de crise l’humanité se révélait être son propre cauchemar. Finalement, ces deux hommes avaient peut être été punis comme il se devait.
Quelques minutes passèrent et elle reprit la parole. Il n’était sûrement pas évident pour elle de se confier à deux inconnus même si ceux-ci lui avait sauvé la vie.
« Quand tout à commencer à aller mal, les amis de mes parents sont allés jeter un coup d’œil chez les voisins car l’on avait entendu des cris étranges. Les zombies étaient déjà présents et ont pris leur petit déjeuner avec les visiteurs. J’ai voulu revenir sur mes pas mais j’étais déjà encerclé, alors j’ai couru. J’en ai sûrement percuté un qui me barrait le passage et j’ai réussi à m’éloigner. J’ai erré quelques temps jusqu’à que j’ai croisé la route de deux hommes qui étaient armés de fusils. Je pensais être sauvée…. En fait, ce fut pire que tout. Ils m’ont assommé…. (elle reprit sa respiration avec un soupçon d’émotion dans l’inspiration).
- Il y avait deux autres jeunes femmes avec moi, l’une d’elle était à moitié dénudée avec le reste de ses vêtements déchirés. J’ai senti la panique m’envahir. Surtout qu’elles ne parlaient pas. Celle qui était presque nue était en état de choc et l’autre était encore évanouie. On était toutes attachées les mains dans le dos. Ca paraît tellement facile dans les films de se détacher mais quand dans la réalité vous êtes dans cette situation, plus vous forcez plus vous resserrez les liens qui vous paralyse. Quelques heures sont passées et puis mes geôliers ont donné leurs premiers signes de vie.
Ils sont arrivés bruyamment, ils avaient certainement bu de tout leur soul. La fille qui était à moitié nue, se mit soudainement à crier et à s’agiter. Je me doutais de ce qui allait suivre. Ils me regardèrent et déchirèrent mes vêtements pour que « je réfléchisse à ce qui allait m’arriver d’ici quelques temps », l’un des deux, celui qui avait tenu la faux me pétrit les seins et commença à me tripoter plus en profondeur, pendant que l’autre celui qui conduisait la moto se jeta sur la fille qui avait vraisemblablement déjà connu le pire. Puis celui qui était sur moi, détourna la tête vers ma voisine et me dit : « j’espère que cette mise en bouche t’a fait mouiller ma salope ? ». Il baissa alors sont pantalon, l’enleva et se détourna de moi pour violer et frapper la fille a coté de moi qui n’avait apparemment pas encore tâté de cet exercice…
La séance a certainement duré plusieurs heures, pendant lesquelles ils se sont soulagés. J’ai eu de la chance dans mon malheur, parce qu’ils ne m’ont pas touché ils sont juste contenté de m’aligner quelques gifles, de frotter leurs sexes dans mes cheveux, contre mes seins et d’éjaculer sur moi après avoir besogné ces pauvres filles pendant de longs moments.
Après cette séance sauvage, ils nous ont jeté des mars et d’autres barres du même genre et sont repartis. Nous sommes restées de nouveau seules quelques temps. Nous avons eu également la visite d’un troisième individu, qui lui n’a pas fait de fioriture, il était venu seulement pour se soulager, il a jeté un dé par terre, et après avoir lu le résultat, a pris ma voisine qui s’est laissée faire encore sous le choc de la première séance. Tout s’est agité dans ma tête, un long moment est passé, et le troisième homme est revenu nous voir avec de la bouffe. Il semblait ivre et tenait à peine debout. J’ai alors saisi ma chance. Je lui ai fait des propositions malhonnêtes, en lui laissant entendre que s’il me détachait je lui ferai une petite gâterie en échange de rabio de bouffe. Peu méfiant il s’est approché de moi, m’a détaché et à commencer à défaire son pantalon devant moi. Je lui ai porté un coup aux testicules de toutes mes forces, il a esquissé un cri et puis il est tombé dans les pommes. J’ai libéré mes compagnes de détention, l’une d’entre elle était tellement choquée qu’elle n’arrivait même plus à bouger un doigt. Nous sommes monté avec l’autre au rez de chaussée. Pas de bruit. Nous avons fouillé un peu partout pour trouver des vêtements un peu trop grands mais propres, nous avons mis des barres de céréales dans nos poches et puis nous sommes sorties.
Il y avait une moto devant nous. J’avais vu mes frères faire ça des millions de fois au moins, sans parler des fois où ils me laissaient faire quelques tours avec eux. Mais comme on aurait pu s’en douter, ce fut à ce moment là que les deux autres trouvèrent leur moment pour revenir. On se planqua dans la remise attenante à la maison tant bien que mal car ma sœur d’évasion, à leur vue, sentait ses jambes se dérober. Mais il fallait que l’on parte avant qu’ils se rendent compte que leur copain était inconscient en bas. J’enfourchai la moto des deux qui venait d’arriver et la démarra. Mes geôliers en entendant cela crièrent et se précipitèrent vers moi sans nul doute. Je tendis la main vers ma compatriote qui hésita un instant, me regarda, moi, puis la maison et en fin de compte, me tourna le dos et s’enfuit dans la forêt proche. J’ai démarré, ils m’ont poursuivis et puis le reste vous le connaissez… »
Mon dieu. Comme la nature humaine pouvait se révéler perfide en situation de crise. Ce petit bout de femme avait vécu une horrible situation qui l’avait sans nul doute fait vieillir d’un coup. Tous les mots que nous pouvions dire ne saurait la rassurer. Du coup, je taxais une clope à mon ami. Nullement l’intention de reprendre, mais fumer pouvait parfois détendre et offrir un peu de lucidité à un esprit torturé. Je la regardais, pourtant si faible, et quoiqu’on en dise héroïque. Je lui dis : « si tu veux, va prendre une douche, elles fonctionnent. Elles se trouvent à coté des toilettes. Du coté de la station service. Nous avons sécurisé la zone avant ton arrivée… »
Pendant qu’elle s’éloignait je regardais mon ami en lui taxant une autre cigarette pour me remettre moi aussi de toutes ces émotions. En pensant tout haut : « scénaristes !!!… Voulez un film ??… et bien voici Un survival, Un !!!… »
04 mars 2007
“On fait pas d’omelette sans casser des oeufs”...
(...)
Nous venions d’assister
à un événement soudain. Une jeune femme était en moto et venait
de pénétrer dans cette aire d’autoroute. Elle percuta quelque chose
et fut projetée aux pieds d’un groupe de morts-vivants affamés par
cette belle pièce de viande.
Celle- ci avait encore
l’air sonnée. Son casque s’était brisé lors de sa chute.
Nous entendions toujours
un bruit de moteur malgré le fait que la moto avec laquelle elle avait
chuté est calée.
Will me regarda, impuissant,
l’air de dire : « on ne va pas rester là sans rien faire ?… ».
La fille était affolée,
bien qu’encore sous le choc. Elle se tenait le bras tout en se relevant
tant bien que mal. Le groupe de zombies s’approchait inexorablement
d’elle. Paradoxalement, la fille regardait les zombies mais aussi
par de brefs coups d’œil, elle tournait la tête dans la direction
d’où elle venait. Elle tenait à peine sur ses jambes. Il fallait
agir.
Je ne la distinguais
plus bien. Je fis donc part de mon plan à Will. Celui-ci était des
plus simple : les morts-vivants étaient pour la plupart attirés par
elle. Il suffisait de les détourner de leur intention première (ce
dont j’allais me charger) et pendant ce temps là, il fallait aller
chercher la fille et la ramener dans la cafet’ au chaud (ca c’était
le boulot de Will). Malgré son épaule démise, je savais que Will
y arriverait.
Nous fîmes donc le tour
par derrière, comme je le pensais les zombies étaient partis, attirés
par ce repas qui les attendaient. Je sortis mon pistolet, et mis les
pieds dehors.
La fille, toujours sous
le choc, tentait plus ou moins de repousser ses assaillants au ralenti
avec un morceau restant de son casque. Ses coups étaient imprécis
et voués à l’échec, mais ils suffisaient pour l’instant à maintenir
les cadavres à distance raisonnable.
« Will, tu es prêt ?…
Je sais que tu as mal à l’épaule mais on doit tenter quelque chose
pour cette pauvre fille, dis-je en me tournant vers Will.
Comme à l’accoutumée
sa réponse était en accord avec ma proposition. Après tout, on disait
que les vrais héros se révélaient qu’à l’approche du danger.
Peut être que nous avions un rôle à jouer au milieu de tout cela ?
Un dernier regard à
Will et j’y allais.
La plupart des « cadavres »
nous avaient délaissés au profit de cette arrivée de viande fraîche.
Leurs râles plaintifs avaient disparu et étaient remplacés par des
plaintes vocales plus marquées. La fille semblait au bord de la panique
mais elle arrivait pour l’instant à repousser les invitations des
affables morts-vivants.
Je me rapprochais un
peu plus, pris mon pétard en main et visait les premiers zombies qui
s’approchaient de la fille. J’allais commencer ma diversion. Mais
pourtant, ce fut autre chose qui attira les âmes en peine.
Une autre moto venait
de surgir et deux individus étaient dessus. Je crois qu’ils furent
un peu surpris par la masse de zombies qui était présente pour les
accueillir. Le premier avait l’air d’être un bon pilote car il
ne se laissa pas avoir par son freinage réflexe brutal. Le deuxième
avait une faux entre les mains, vous savez celles que l’on trouve
dans les campagnes qui servaient autrefois à couper les hautes herbes.
Sans aucun doute, ils étaient là pour la fille, d’ailleurs le premier
la repéra (sans trop de mal) et la désigna à son passager qui déplia
un objet qu’il avait il y a quelques instants sur le dos. Il s’agissait
d’une laisse télescopique comme celles que l’on utilise pour attraper
les chiens dangereux dans la police.
La fille semblait prise
de panique en apercevant les deux hommes. Elle avait presque autant
l’air d’avoir peur d’eux que des morts qui tentaient de la dévorer.
Toujours est-il que le
motard accéléra, et se mit à foncer sur elle tandis que son passager
préparait la « laisse » avec l’intention clairement exprimée de
la capturer sur leur passage.
Il fallait que je fasse
quelque chose. Ces deux hommes n’avaient pas l’air d’avoir des
intentions bénéfiques à l’encontre de la jeune femme. Je pris mon
tonfa et fonça vers l’attroupement de zombies qui paraissait hésiter
entre la fille et les deux autres sources de nourritures. Je n’eus
pas trop de mal à passer au milieu des cadavres en les écartant à
coups de tonfa assénés dans le creux du genoux. Les morts-vivants
n’avaient même pas l’air de se rendre compte que j’étais là.
La moto se rapprochait, je plongeais vers la jeune femme qui semblait
comme paralysée. Je fus un poil court mais je réussis tout de même
à la plaquer au sol à temps pour que le « collet » ne la prenne pas.
Par contre, alors que la moto poursuivait sa route, nous nous retrouvions
l’un sur l’autre au milieu des morts qui semblaient décidés de
nous déguster comme hors-d’œuvre de leur festin.
Tant bien que mal, j’essayais
de maîtriser la demoiselle. « … ça va… ça va… je ne suis pas
l’un d’entre eux… Je viens vous aider… », seulement le problème
était que je commençais à devoir faire face à tous les zombies du
coin qui avaient eu le temps de se regrouper attirés, pour ceux qui
ne l’étaient pas encore, par l’agitation qui se produisait devant
eux.
Pendant ce temps, je
distinguais la moto qui faisait demi-tour et se préparait sûrement
à un deuxième passage. Notre situation s’annonçait mal barrée.
Et puis comme la cavalerie dans les vieux westerns de John Wayne, quelque chose a brutalement projeter les zombies qui étaient devant nous quelques mètres plus loin, nous ouvrant ainsi une voie pour rejoindre la cafétéria. Il s'agissait de Will qui avait sorti l'une des grandes tables a roulette de la caféréria et l'avait poussé malgré son épaule démise jusqu'a nous. Pour une fois, j'avais vraiment l'impression d'etre le héros d'un film de zombies, mais de ceux où les héros gagnent à la fin.
Grâce à mon ami, nous pouvions nous retrancher vers la cafétéria, notre source de sécurité. Le probleme était que nos deux amis à moto ne l'entendait pas de cette oreille et avaient décidé de nous charger avec la faux cette fois.
"Will, prends la fille avec toi et rentre!!..." La fille était dans un état de choc, elle suivait tant bien que mal notre course éffrénée. Will me jeta un regard mais il compris quand je mis mon tonfa en position de défense et ne dis rien, s'occupant de sauver notre jeune ami des affamés qui se regroupaient dèja, et des deux motards qui lui en voulait pour je ne sais quelle raison.
Toujours est il que les motards étaient déja sur moi, et je reussi tant bien que mal à esquiver. Celui qui avait la faux dans les mains avait bel et bien essayer de me tuer. Et maintenant ils se dirigaient tout droit vers la fille et mon ami qui étaient un peu plus loin.
C'est dans ces moments là que le stress est soit un facteur positif, soit un facteur négatif. Mais je crois que j'avais été touché par la grâce à ce moment là. Je me vis comme dans un rêve au ralenti. Je sortis mon calibre, me mis à genoux, en position de tir visé et tranquillement je visais le dos de celui qui tenait la faux.
Vous me croirez si vous voulez mais comme dans les films, je fis mouche deux fois. Will se retourna et vit la moto qui faisait une embardée avec celui que j'avais touché qui roulait au sol en ayant laché sa faux et le conducteur qui était en panique parce qu'il voyait arriver sa chute sans rien pouvoir faire. Will pu finir sa course avec la jeune fille jusqu'à la porte salvatrice de la cafétéria. Les zombies alentours s'étaient déja précipités (si l'on peut dire ça) sur celui que j'avais touché et qui tenter tant bien que mal de bouger pour éloigner la mort lente qui lui tombait dessus. Quand à l'autre, il se retrouvait encerclé. Il avait fait une glissade qui l'avait déboussolé et les zombies avaient eu le temps de se mettre tout autour de lui.
Quand à moi, je les avais oublié et pourtant ils étaient également "amoureux" de moi et voulaient à leur tour m'embrasser....
J'étais dans un beau pétrin, tiens...
(...)
01 août 2006
la cafétaria...
(pour cause de vacances des redacteurs durant le mois d'aôut, je vous livre ici le debut du texte qui prend la suite de WILL et STEPH dans leur chevauchée vers l'enfer... La suite vous sera postée au retour de nos congès... Bonne reprise pour ceux qui rentrent de vacances et bonne vacances a ceux qui vont y être bientot...)
Le 14/01/2006,
Will avait sombré dans le coltard. Sa respiration était un peu forcée mais elle était régulière.
Pour ma part, j’étais limite nauséeux, j’avais un mal de crâne pas possible et une sorte de pic de douleur qui me traversait la poitrine de part en part. Chaque geste en était rendu douloureux de fait.
Will avait réussi à nous sortir de la voiture et nous avions péniblement atteint la station service, enfin le côté alloué à la cafétéria. Les morts étaient à notre poursuite, et malgré leur lenteur, se rapprochaient peu à peu de la porte d’accès où nous nous trouvions. Il fallait agir dans l’urgence, je pris donc soin de défaire rapidement la ceinture de mon ami inconscient, et m’appliqua à relier fermement entre elles les poignées des portes vitrées près desquelles nous nous trouvions. Ca ferait l’affaire.
La cafétéria avait l’air déserte, mais malgré les douleurs qui me tiraillaient de toute part, je ne me faisais aucune illusion quand à la possibilité qu’il y ait ici des morts qui nous attendaient de pied ferme. Je pris Will par les épaules et le mis sur l’une des banquettes qui se trouvaient à proximité. Il respirait normalement, son arcade ouverte avait l’air de s’être arrêtée de saigner. Je pris mon pistolet et le tonfa que je possédais et commençait à effectuer une progression tactique dans la cafétéria. Je pris soin de bien évidemment vérifier tous les accès et de les verrouiller du mieux que je pouvais. Celle ci était dotée de quatre accès : deux sorties de secours, un accès principal depuis l’extérieur et un sas d’entrée depuis la supérette de la station service. Pour les deux sorties de secours, pas de problème elles étaient maintenues fermées correctement et le seul moyen de les ouvrir était de pousser le mécanisme de l’intérieur. J’avais verrouillé la porte d’entrée par laquelle nous avions pénétré avec les moyens du bord. Le dernier moyen d’accès était doté de portes coulissantes. La cafétéria ne semblait pas avoir connu de carnage. Ce qui était plutôt rassurant en fait, preuve que peu de zombies devaient être présents dans les parages hormis ceux que nous avions croisé. Je trouvais tant bien que mal le disjoncteur. J’avais de la chance, il y avait du toujours du courant.
J’examinais le tableau (non pas que je sois une bête en électricité mais parfois un peu d’observation résolvait pas mal de situations), après quelques essais, je désenclenchais le fusible qui commandait le détecteur pour les portes coulissantes. Celles ci serait désormais closes. Par contre la lumière soudaine eut un effet que je n’avais pas trop anticipé, et tels des moustiques mes compagnons maudits se rapprochèrent des vitres de la cafet’ qu’ils martelaient de leurs mains, ongles et os apparents. Je finis mon tour rapido quand du coin de l’œil je vis deux-trois formes se déplacer vers mon ami étendu inconscient. Quel idiot je n’avais pas vérifié les toilettes. Ne voulant pas prendre de risque, je me rapprochais un peu et cria dans leur direction. Attiré par mon cri, ils se détournèrent de Will. Je mis un genou à terre et visait du mieux que je pouvais, me rappelant les consignes de tir visé : aligner les appareils de visée après avoir correctement « chaussé » l’arme… Faire le vide… Retenir sa respiration et faire feu…
Trois balles suffirent… Je m’occuperais d’évacuer les corps une fois que Will serait remis.
Je me remis en alerte et me déplaça rapidement en direction des toilettes. La porte était encore entrouverte, une odeur terrible de corps en décomposition émanait de l’ouverture. L’intérieur était un charnier des plus ragoûtant. Il y avait là peut être quatre personnes à moitié dévorées, l’une d’elle qui ne possédait plus qu’un seul de ses bras fonctionnel, se repaissait d’un morceau de torse qui se trouvait devant elle. Je mis fin à se spectacle horrible d’un coup de rangers et fit demi-tour.
L’un des zombies que j’avais tué précédemment portait un uniforme d’agent d’entretien. Il avais peut être un trousseau de clé qui aurait pu nous servir. Je pris sur moi pour tâter le corps en état de putréfaction avancé qui gisait devant moi.
Beurk… Ma seule consolation était de ne pas m’être trompé. Il y avait bien un trousseau de clé dans la poche du cadavre. Avec un peu de chance, il y aura peut être celle qui contrôle la grille de sécurité de la porte d’entrée extérieure.
Ma poitrine me faisait toujours mal. J’avais une barre au niveau du front et le mal que j’avais à reprendre mon souffle me laissait penser que j’avais le nez cassé.
Bingo !!
Je venais de découvrir avec joie un « carré », le type même de clé correspondant à celle que je recherchais. Je me levais en direction de la porte d’accès extérieur (celle que j’avais plus ou moins essayer de sécuriser avec la ceinture de Will) et je les vis de nouveau toujours plus nombreux, plus affamés, tenter de vainement repousser les portes afin de faire de nous leur petit déjeuner. Ces horribles parodies d’humains allaient être notre seule compagnie pour un bon moment. J’actionnai la fermeture de la grille antivol avec un sentiment de sécurité non dissimulé quand elle atteignit le sol en ayant déchiré quelques membres putréfiés rencontrés comme obstacles sur son passage.
Je pus enfin baisser l’intensité des lumières de la cafétéria et me poser un peu non loin de la banquette où se trouvait Will. Doucement, je me tâtais le visage et ma paroi nasale déformée. Je pris mon courage à deux mains et d’un coup sec la remis en place. La douleur fut telle que j’eu le souffle coupé et une perte de connaissance de quelques minutes.
Je restais allongé, le nez gorgé de sang que j’essayais d’évacuer à coup d’expirations forcées, tentant d’essayer vainement de me reposer.
(…)
J’avais réussi à prendre un peu de repos malgré les plaintes incessantes des morts qui nous attendaient dehors et le fait que je n’arrivais pas à penser à autre chose. Je me réveillais avec un mal de crâne horrible. J’avais du mal à respirer et le fait de mettre reposé n’améliorait pas la chose maintenant que les muscles s’étaient refroidis et que le stress était un peu descendu. Je refis un tour rapide de la cafet’, qui semblait sécurisée. En farfouillant un peu, je pus me sustenter avec les nombreux aliments conservés à divers endroits, et même me faire un café. Le soleil commençait à pointer le bout de son nez, me révélant l’ampleur de ce qui nous attendait. Les morts étaient désormais plus d’une centaine dehors à errer sur l’aire d’autoroute.
Comme Will était toujours inconscient, je commençais à nettoyer les WC avec les produits d’entretien que j’avais trouvé lors de ma fouille, cela nous épargnerait au moins les odeurs de décomposition humaine. Le plus dégoûtant était de ramasser les restes puants de tous ces cadavres en putréfaction. Les morceaux se mêlaient entre eux à tel point que l’on ne pouvait plus deviner quoi était à qui.
26 janvier 2006
Staying alive
Le 15/01/2006…
Le reveil sonne, il est 14h30. Les informations qui me sortent du sommeil sont les mêmes que celles que j’avais entendu avant de me coucher. J’avais dormi comme une masse et j’étais un peu dans le pâté.
Aujourd’hui, il ne fallait pas que je flanche. Will comptait sur moi, et il fallait bien avouer que de nous deux, j’étais sûrement le plus débrouillard, mais bon, c’était aussi le boulot qui voulait ça. Will n’avait pas le permis de conduire et il possédait un sens de l’orientation quasi nul. Mais je savais que je pouvais compter sur lui et cela comblait énormément de défauts.
Je déjeunais copieusement devant un DVD parce que la Télévision ne montrait qu’une suite d’informations déjà diffusées, concernant l’apparition de l’épais brouillard qui avait plus ou moins fini par remplacer la pluie qui nous assaillaient depuis quelques jours.
Bah, je contemplais mon appartement, et repensait mentalement aux préparatifs de notre expédition. C’est bizarre de se préparer pour une aventure qui peut être mortelle, dire que des soldats vivaient ce stress tous les jours. En tout les cas, nous avions guère le choix. C’était la seule solution pour avoir des nouvelles de notre famille en direct.
Je vérifiais les vivres que j’avais prévu pour le voyage, des trucs à manger périssables me permettant de vider mon frigo mais également des barres de céréales. Je laissais les deux tonfas à portée de main, et je contrôlais mon arme de service. Un Sig-sauer 9mm avec ses deux chargeurs de chacun 16 cartouches. Je m’habillais tranquillement comme un homme qui se prépare à affronter son destin ou encore comme un condamné à mort. J’enfilai des vêtements plutôt pratiques (en gros ma tenue BAC avec tout ce qui va bien et par dessus un blouson civil). Je prévoyais des vêtements de rechange pour le cas où.
Je n’arrivais pas à réaliser, et pourtant dieu sait ce que l’on peut voir de bizarre et d’horrible dans le métro parisien. Nous allions en territoire connu certes, mais coupé de toutes informations depuis des jours entier. Il ne fallait pas que je sombre dans ces pensées là sinon la terreur allait fondre sur moi comme le rapace fond sur la proie qu’il chassait. Et puis il fallait que je prenne les rennes de l’expédition.
(,,,)
J’avais eu des difficultés à passer les barrages organisés de manière éparses dans Paris mais grâce à ma BREM, à ma tenue et à l’usage d’un peu de bagout, je réussis tout de même à me rendre chez Will sans encombre. La situation commençait vraiment à dégénérer. J’avais croisé tout un tas d’âmes en peine sur la route et j’avais assisté à deux-trois exécutions par les forces armées. Peu de voitures circulaient et je pense que si je n’avais pas été flic, je n’aurais jamais pu passer outre les « barricades » improvisées tout au long du chemin.
J’étais arrivé avec pas mal d’avance chez Will. C’était l’effervescence chez lui. Bah, je m'efforçais de paraître aussi détendu que possible. Il m'offrait un café pendant qu'il faisait ses derniers préparatifs et « au revoir » déchirants à sa fiancée et à son chat.
Je fus tout de même obligé de presser le déroulement de son drame, tourné sans ficelles. D'une part je n'aime pas m'éterniser dans des adieux larmoyants et inutiles (il le sait) et en plus il fallait que l'on ne tarde pas. Après tout, on ne savait ce que l'on allait affronter pendant notre road movie improvisé.
(,,,)
Sur la route, je fus obligé de lui remonter le moral, avant qu'il craque. Je n'étais guère plus fier que lui mais il ne fallait pas que je lui montre un tantinet de manque de confiance pour pouvoir le rassurer.
- « Boah allez, t'en fait pas, vieux. Tu la reverra, ta petiote. Elle risque rien, c'est toi même qui me l'a dit. Pas vrai ?
-Si…mais ça fait mal…
-T'inquiètes pas Will. T'inquiètes pas, vieux. Ca va aller. Et c'est moi qui te le dit. Je t'ai souvent raconté des conneries ?
- non...
-Bah alors tu voit bien ! Tu te rend malade pour rien ! »...
Ah la la, ce cher vieux pote Will, il déprimait toujours très facilement, parce qu'il pleuvait ou qu'il n'avait pas été réveillé du bon pied. Mais bon, nous avions en commun tellement de soirée passée à parler de films ou de romans que bon. Et puis je le connaissais que trop bien, il fallait qu'il se sorte les doigts. Je me suis quand même retenu de rire quand il a pris son Katana. C'était tout lui ça. Croire que cet objet d'apparat ferait quelque chose de bon. Bah, il verrait bien. Tout ce que j'espère c'est qu'il ne s'en rende pas compte à un moment critique.
Le paysage yvelinois puis essonnien défilait. J'avais choisi d'emprunter l'A86 depuis Versailles qui n'était désormais qu'un grand désert, vide de tout occupant, en proie aux quelques charognard humain qui se déplaçaient toujours plus lentement les uns que les autres. J'étais ensuite passé par la N10, puis l'A10.
Le péage de Saint Arnoux était lui aussi désert.
Tout au long de notre pérégrination, je montais le volume de la musique. C'est con mais ça rassure. Will n'était d'ailleurs pas trop mécontent. Cela nous masquait l'horrible réalité. Tout le long de la route depuis notre départ de Houilles jusqu'à maintenant que nous nous approchons d'Orléans, c'était le même constat affligeant: les morts étaient partout, grouillant, rampant comme autant de cafard dans un immeuble insalubre. Ils étaient le long des routes, grignotant, guettant. A plusieurs reprise j'avais dû freiner, dévier, accélérer parce qu'ils guettaient la moindre de nos erreurs. Will était maussade, plongé dans ses pensées. Il ne parlait pas, tout au plus il faisait quelques commentaires de ça et là. « t'as vu celui là, qu'est ce qu'il tient? »...
Mais l'autoroute A71, avait l'avantage d'être assez récente donc peu de morts avaient pu s'introduire dessus. Nous avions moins l'impression d'être une boite de sardine roulante dans un monde de consommateurs de sardines. Will fit un petit somme. Il dormit au moins une heure, nous étions arrivés sur l'A20, synonyme de proximité de Limoges, notre ville natale et fin de notre voyage.
J'étais perdu dans mes pensées, Will Dormait d'un sommeil agité...
je vis tout d'abord la lumière chancelante au détour d'une bosse puis je vis les véhicules en feu, tellement nombreux que je ne pouvais tous les compter. Je m'arrêta brusquement. Will s'éveilla, pour me voir pester et sortir de la bagnole.
« putain de merde!!!... » dis je en gueulant devant l'assemblage contre nature de mécanique. « C'est bien ce qu'il nous fallait bordel!!! »...
« heu... Steph... » dis Will tout doucement...
« QUOI!!! » dis je énervé en me retournant vers Will… « Oh merde... »
Je ne les avais pas vu tellement que j'étais obnubilé par le feu des bagnoles qui se trouvaient devant moi. Ils étaient des centaines, peut être plus que ça. Certains étaient en partie dévorés, d'autres brûlaient en gémissant. La plupart d'entre eux devaient être des gens plus ou moins impliqués dans l'accident en cascade dont le résultat se trouvait devant ma bagnole. La légion des damnés, l’armée des morts se trouvait devant nous prête à nous faire rejoindre ses effectifs dociles.
« Putain !! », je me jetais littéralement dans la voiture. Je fermais la porte alors que je voyais pointer des mains atrophiées sur la vitre arrière de mon véhicule. J’embrayais à toute vitesse et passais la marche arrière.
« Will, putain… Mais ta ceinture… »
« Que… » Sa question fut interrompue pas le ronflement du moteur, et les premiers choc contre la carrosserie. Puis ce fut les secousses synonymes d’écrasement. L’armée des ténèbres était en marche pour accomplir son funeste destin, et triompher de l’humanité.
Will était en proie à une légère panique. « Putain, on va crever… Ils vont tous nous bouffer… » et moi je lui répondais, énervé « ouais peut être mais je te jure que je vais faire disparaître de la surface de la planète un max de ces enculés… Je partirais pas tout seul ! »
J’arrivais avec peine à garder le contrôle du véhicule. Ca paraissait si facile dans les films, ça se voyait qu’ils n’avaient jamais essayé avec une clio basique. Tant bien que mal je réussis à remonter en marche arrière jusqu’à la sortie d’autoroute que l’on avait croisé un peu plus haut sur notre chemin. J’avais semé la plus grosse partie des cadavres sur la route, et j’avais même eu le temps de faire demi-tour. Je n’avais pas perdu de temps, j’étais en sens inverse de l’autoroute pas loin de 150km/h. J’avais cependant beaucoup de mal à contrôler ma vitesse, à cause de l’adrénaline qui avait inondé mon corps pendant les minutes précédentes. J’empruntai la sortie d’autoroute par la voie d’accélération.
Will me taraudait « Putain ralenti, tu vas nous tuer… »
J’aurais du l’écouter.
Si j’étais arrivé moins vite j’aurais vu le camion qui nous barrait le chemin parce qu’il s’était payé une partie des arbres se trouvant en bordure de la route de l’aire de repos. En proie à la panique, j’ai braqué d’un coup sec en pressant le frein à main. La voiture à percuté de côté le camion, et s’est dirigée droit sur un autre véhicule à l’arrêt sur une des places de parking qui longeait la route.
Dans le brouillard de l’inconscience, je voyais Will, l’arcade droite éclatée qui pissait le sang, il ne bougeait plus, et moi je commençais à le rejoindre, lentement, tandis que les lumières automatique de l’aire de repos se troublaient jusqu’à en disparaître.
Jusqu’au néant.
Je ne sentais plus rien. Je…
20 janvier 2006
barricades
le 14/01/2006...
Plus rien ne tournait rond, l'horloge de la vie était tombée en
panne. J'avais vu des amis, des collègues se faire dévorer ces derniers
jours et encore plus aujourd'hui. Les morts avaient eu raison du
semblant de santé mentale que certains d'entre nous tenter de
préserver. Bien que l'intérieur de la ville (Paris) était relativement
préservé. Quoique, nous n'avions plus de nouvelles de certains
quartiers, notament de celui du Père Lachaise. Ca me rappelle une simulation d'infection de morts vivants que l'on m'avait envoyé y a quelques temps dejà. Nos ennemis étaient nombreux, trop nombreux.
La chose que l'on se dit toujours avec les
films de Zombies était,
"ils sont très lents, pas très vif", ou encore "il est facile de s'en
débarrasser ou de les semer..."... Mon cul, ouais... Ils sont peut etre
lents mais rien ne les arrête. Et puis viser une tête s'est loin d'être
toujours facile... Et encore quand on y arrive, il y a parfois certains
membres qui continuent de ramper. Il est aussi difficile de voir un
proche dans le camp des morts. Ca nous est arrivé cette nuit, avec
Roger, un collègue, pris dans la mélée il n'a pas pu s'en sortir et
nous l'avons donc cru mort car "ils" étaient trop nombreux et
commençaient à bouffer ses tripes malgré nos tirs en rafale. Un peu
plus tard nous nous sommes retrouvés face à lui. Il avançait à la
manière des autres, un bras à moitié dévoré, les tripes en partie
sorties de l'abdomen, des bouts trainant sur son sillage. Il nous
regardait de ses yeux vides sans âmes et s'approchait lentement de
nous, ses anciens collégues et amis.
Tous autant que nous étions, avons eu du mal à
faire la chose qu'il fallait. On l'aimait Roger. Un moment d'hesitation
et de sentiment de trop et il mordait le plus jeune d'entre nous qui
s'était un peu trop avancé. Une sombre histoire qui d'un mort dans nos
rangs en a fait deux sans délais parce que nous avons hésité.
J'avais eu Will dans la journée. Je n'avais
pas tout compris mais je
crois que lui aussi se rendait compte de la situation. La conversation
avait été très mauvaise. C'était un vieux pote de mon adolescence.
Certes, il n'était pas un grand sportif, on pourrait meme dire qu'il
était un tantinet pantouflard et plutôt maladroit (j'ai d'ailleurs
toujours pensé que c'était une sorte de Gaston Lagaffe réincarné), mais
depuis qu'il a passé le concours des impôts et qu'il l'a reussi, il me
surprend. Il faut dire qu'il a eu comme un déclic dans la vie, il a
tout trouvé d'un coup, boulot, femme, motivation, et il a quitté le
cocon familial dans la foulée. Et ça lui reussi pas trop mal, ce qui
n'est pas sans me faire
plaisir. On continuait de se voir régulièrement pour parler de choses
et d'autres sur Paris quand j'arrivais à me sortir du lit. On se
reparlait de nos longues parties de JDR, ou des barbecues organisés à
la va vite autour du lac de Saint Pardoux.
Bref, je savais qu'il s'inquiétait pour ses
parents, pour moi aussi
je pense. Je n'arrivais pas non plus à joindre ma famille, aucune
communication pour limoges ne daignait passer. Plus j'essayais
d'appeler plus j'y pensais, et plus c'était dur. Il fallait a tout prix
que je sache.
Cette journée avait été la pire de toutes. Les morts qui marchent
affluaient de partout, à tel point que nous n'étions plus qu'une
poignée peu à peu remplacée par des militaires. J'avais tué, à de
nombreuses occasions aujourd'hui, mais ces gens étaient déjà morts.
Nous perdions du terrain. Nos dirigeants ne savaient plus où donner de
la tête.
J'avais l'impression d'être revenu à l'époque
de gavroche et des barricades, sauf que les notres étaient faites de
voitures et de camion, et de tas de choses entassées pour colmater. Je
n'avais aucune idée de combien de temps cela pouvait tenir.
Je m'étais retiré pour réfléchir.
Et ma décision ne fut pas difficile à prendre, j'allais essayer de rentrer à limoges et voir les miens. Si j'arrivais à joindre Will, je l'emmenerais avec moi, dans ce road movie macabre. Je profitais de l'affolement pour aller à l'armurie et récupérer quelques cartouches pour mon arme de service. Je trouvais deux boites de 50 pleines (une chance). Au passage je prenais un Tonfa de plus et passait à mon vestiaire pour prendre mon gilet par balle et une gaseuse version "extincteur".
Personne n'avait l'air de faire attention à
moi, et puis de toutes façon, vu le nombre de pertes et d'absents. Ca
me faisait tout de meme mal au bide de déserter (en quelque sorte) mais
mes parents étaient plus important que le boulot. Et puis, on sait
jamais, avec un peu de chance, je serais vite de retour et mes
supérieurs n'y verraient que du feu.
Vers 21h, j'appelais Will. J'avais l'impression qu'il s'était jeté sur le téléphone.
- Allo?
-C'est moi, Will.
-Ca va depuis tout à l'heure ?
-Ben…
-Ouais, je me doute que c'est pas la joie…
-Tu m'étonnes…
Un silence de quelques secondes s'installa. Je me demandais dans quel état il était, jusqu'à quel point il avait été confronté à l'horreur?... Ca me faisait mal pour lui, apres tout c'est le seul mec que je connaissais qui avait toujours su preserver son âme d'enfant.
Avait il eu des nouvelles de ses parents et de sa soeur?
-Toujours pas de nouvelles de tes vieux ?
-Ben non. Ca commence à me lourder…
-Moi non plus, en fait. Ni de Natacha.
-Je m'en doutais. Y'a personne qui peut nous dire ce qui se trame dans
le Limousin. Puis ils en parlent même plus aux infos. C'est noyé
dans la masse, quoi. (Il est vrai qu'en plus j'avais un peu décroché des infos)
-Ouais…Mais je sais pas pour toi, je peut pas rester comme ça sans
savoir.
-Moi non plus. Faut qu'on y aille.
-T'es d'accord ? Pour me prendre avec toi ?
-Bien sûr mon vieux, je vais pas te laisser comme ça. Je te comprend,
vu que je vit la même chose. Et Kat ?
-
Son père vient la chercher demain. De toute façon il aurait été hors de
question de l'amener avec nous. C'est bien trop dangereux.
-Clair !
Un autre silence s'installe…C'est Will qui reprend la parole..
-Et ton boulot ? ça doit être la misère !
- T'as pas idée. (je n'ose pas lui révéler l'ampleur de la realité)
-On partirait demain ?
-Sûr ! Je peut pas attendre un jour de plus, et je suis sûr que toi non plus.
-Ils vont pas te demander d'être présent ? Tes chefs ? Puis on serait certainement pas de retour pour lundi.
-Bah, j'aviserais.
-Bon
écoute. Sois en tout cas prêt pour demain. Je passerais à 17 heures. Et
soit vraiment prêt, faut pas trainer. Limoges, c'est à trois heures de
Paris, donc, si on veut y être avant la nuit…
Will eu un temps d'hésitation
-Ok ça marche.
-Bon Will, alors je te dit à demain, 17h.
-A demain, vieux !
-A demain.
Ca serait un road movie mortel, je
pense. Bien, quoiqu'il en soit il fallait que je me repose et que je
réfléchisse à tout ça. Après tout on vit peut être les derniers instant
de l'humanité.
13 janvier 2006
le début de la fin..
5.
Le 13/01/2006, vers midi…
Ca n’avait pas loupé. J’ai été rappelé au service en début d’après midi. J’avais à peine fermé l’œil, tellement j’étais hanté par les images du corps de l’adolescent dévoré par ces trois « choses ». La phrase du film « Zombie » de Romero me revenait à l’esprit : « quand il n’y a plus de place en enfer, les morts reviennent sur terre pour hanter les vivants… ». Là c’était plus qu’un film de fiction, c’était une PREMONITION, une vision de l’avenir.
Je déjeunais en regardant les informations de la mi journée. Des faits similaires se produisaient en masse sur tout le territoire et dans les pays frontaliers. Pour l’instant, ce n’était que d’horribles faits d’hiver. Mais la vérité n’allait pas tarder à éclater, d’ailleurs il me semble que du coté du Père Lachaise, deux ou trois détachements de CRS s’étaient mis en faction.
Je pouvais sentir la main de l’Etat filtrer méticuleusement les informations de la presse et mettre les forces militaires en branle motivant le prétexte de nouvelles violences urbaines.
N’empêche que je commençais fortement à penser à ma famille qui était restée là-bas, à Limoges. La ville avait elle aussi subie des « agressions violentes psychotiques » comme le disait le journaliste pomponné de la télévision. Moi ce qui m’inquiétait vraiment c’est que l’agglomération possédait l’un des plus grands cimetières d’Europe, alors si l’on était en présence de morts vivants, vous pensez bien que ça allait être un massacre d’abattoir. J’avais des tas d’amis, des ex petites amies qui étaient restées sur place. J’étais célibataire pour ma part, depuis que j’étais entré dans la « boite » ( la police pour les intimes), je n’avais eu que des aventures sans lendemain. Je me rendais d’autant compte des choses qu’impliquait une invasion de ces choses, et je me surprenais à garder autant la tête froide. Mon seul souci était ma famille limougeaude, mais qu’en était il de ceux qui avaient femme et enfants et qui allaient peut être tout perdre ?…
« … On ignore encore s’il s’agissait d’une épidémie venue d’outre méditerranée ou s’il s’agissait d’effets dus à l’utilisation d’armes chimiques. Toujours est il que les autorités de la préfecture de police de Paris et de nombreuses autres préfecture de région ont décidé de prêcher le confinement… Restez chez vous… N’encombrez pas le téléphone… Ecoutez la radio… » Effectivement les mesures étaient radicales. Les journalistes racontaient n’importe quoi, des contaminés à l’arme chimique, en passant par une révolte de mécontents, de fanatiques shootés à une sorte de drogue de combat, bref, c’était n’importe quoi.
J’avais essayé de joindre ma famille sans succès. Et encore quand la communication n’avait pas été rejetée pour cause de saturation du réseau. Même Internet avait des ratés. En fait, j’étais en train de prendre état de l’ampleur de la catastrophe. Nous allions bientôt être en guerre… En guerre contre nos propres défunts…
Je contemplais un instant mon petit appartement de 22m² que je louais contre une fortune, dans les 400 euros, mais ce n’était pas très cher pour habiter dans le 12eme. J’avais quelques meubles, un bureau sur lequel se trouvait un PC, mon lit et mes BD. Etais je prêt à perdre tout cela ?… La question resterait en suspens il fallait que je parte au boulot.
Le 14/01/2006, à mon retour…
J’étais vanné, je n’ai pu rentré qu’à 16h00, et encore je savais que j’allais reprendre du service bientôt, dans la nuit.
C’était la catastrophe… Beaucoup d’entre nous étaient absents… Etaient ils contaminés, eux aussi ? Où avaient ils choisi de rester avec leurs proches ? Je crois que tout cela n’allait plus avoir d’importance dans un avenir proche. Pour l’instant nous arrivons à garder la situation a peu près saine dans la capitale. Nous savons que certains départements proches de Paris souffrent le martyr et ont déjà perdu la bataille.
Quand je suis rentré dans la police, j’espérais ne jamais faire usage de mon arme. Là, en une journée de service j’avais vidé plusieurs chargeurs de bastos, et quelques cartouches de fusil à pompe. Tout ça pour tirer sur des gens qui sont déjà morts. Vous vous rendez compte ? Ce qui m’inquiétait c’est que je maîtrisais plutôt bien la situation pour l’instant tout du moins. C’est dans ces moments là que le pire arrive, ou que la dépression s’empare de nous comme une amoureuse transie. Aujourd’hui j’ai perdu trois collègues, deux ce sont fait dévorer avant que l’on arrive et l’autre est mort de ses blessures pendant le trajet qui le conduisait à l’hôpital. Nous avons dû aller l’achever un peu plus tard quand il s’était relevé à la surprise générale et qu’il s’était mis à vouloir bouffer tout les gens de l’hôpital. Après nous avons fait une pause. Ca avait été dur pour tout le monde. Il faut dire que neutraliser quelqu’un que l’on connaît, avec qui on a pris régulièrement le café etc. c’est loin d’être une chose facile à encaisser.
Je vous passe le reste de la nuit. Cela n’a été que coup de tonfa, montage de barricades improvisées, et tirs de position. Les âmes en peine qui revenaient nous hanter arrivaient par millier…
Cette fois, je suis vraiment vanné, je n’ai plus les idées très claires. J’espère réellement que je vais m’endormir et que je me réveillerai hors de ce cauchemar.
12 janvier 2006
une suite d'évenements étranges...
4.
le 11/01/2007,
Je ne peux pas écrire autant que je le voudrais à cause de la charge de travail que l'on a depuis l'agression du clochard. Tout le monde était sur les nerfs au service. Les agressions se multipliaient à une vitesse vertigineuse, jusqu'à que mon groupe et moi même fassions une triste expérience.
Nous étions en train de sécuriser la ligne du RER D quand nous avons surpris une bande jeune taguer une des gares proches de la gare de Lyon. Ils ont essayé de nous semer, et ont bondi sur les voies du RER et ont commencé à pénétrer dans le tunnel.
Nous avons tranquillement respecté la procédure, information par radio au PC, puis tirage de la manette de sécurité et hop, nous voici à la poursuite des jeunes. Mais à peine étions nous sur les voies, que des cris ont commencé à remplir le conduit du RER. Instantanément, par sécurité (vu les conditions actuelles et le nombre de psychopathes en liberté qui sévissent dans les transports transiliens et parisiens) nous avons dégainé nos armes, et éclairé la zone d'où jaillissait les cris.
La scène ressemblait à un mauvais film d'horreur. Les jeunes paniqués, venaient vers nous en agitant les bras et criant au secours. Courant aussi vite qu'ils pouvaient. Et plus loin, nous observions une scène d'horreur : trois hommes dévoraient l'un des membres de la bande.
Je ne devrais pas écrire ça mais à ce moment là quelque chose comme un déclic s'est produit dans nos têtes, et presque simultanément, nous avons fait feu sur les trois formes qui evisceraient, dégustaient la cervelle du jeune homme.
Et bien, les formes ne sont pas mortes!!!!!!!... Elles ont tranquillement arrêté leur festin et ont tourné lentement leurs têtes vers nous. Elles se sont levées et ont commencé à se rapprocher de là où l'on se trouvaient. Nous avons fait de nouveau feu, plusieurs fois... Il a fallut que les balles leurs arrache la moitié du crâne pour qu'elles meurent. Je me serais crû dans un cauchemar de serie Z. Les personnes étaient mortes, dans un état avancé de décomposition, et l'odeur... Mon dieu cette odeur infecte...
Nous avons passé un appel secours à la radio. Tous les canaux étaient surchargés par les mêmes messages que le nôtre.
Je sentais que la nuit allait être longue.
le 12/01/2006,
J'avais passé toute la nuit à répondre à des agressions ponctuelles de même type. Nous étions dépassé. Quand j'ai quitté le service, ce matin, je savais que je serais rappellé dans l'apres midi, mais bon, je tombais de fatigue. Je crois que le ministre était alerté et qu'il avait provoqué un conseil de ministre d'urgence pour trouver une solution. Il faut dire que beaucoup de villes de province avaient fait état de fait similaires. C'était reel : LES MORTS SE LEVAIENT DE LEUR TOMBES et venaient nous bouffer.
J'espère arriver a dormir. Après ce que j'avais vu ça m'étonnerait.
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10 janvier 2006
une nuit de service calme...
3.
On était au final tous un peu catastrophé par ce qui était arrivé à ce pauvre homme. Il était facile de s’en prendre aux plus démunis d’entre nous, ils représentaient des cibles faciles, car personne ne viendrait les réclamer, les défendre, ils ne possédaient pour la plupart aucune attache.
Bref, j’avais accompli une journée de service plutôt tranquille hier soir. C’était pas plus mal car j’étais un peu sur les nerfs. C’est souvent le cas quand on a affaire à des comportements qui nous dépassent, et un homme qui dévore un autre homme ce n’est pas un comportement que l’on accepte facilement. Inutile de vous préciser que si l’on tombait sur la raclure qui avait fait ça, il allait passer un sale quart d’heure, et je pense qu’il finirait le reste de ses jours à ne pouvoir manger que de la bouillie avec une paille.
En tout cas, un phénomène étrange ne se produit jamais seul, aussi notre service a été amené à constater un peu plus de morts sur les voies du métro que d’habitude, certaines vidéos montraient même des personnes se déplaçant au ralenti sur les rails avant de se faire emporter par une rame de passage.
En fin de journée, un des conducteurs de la RATP qui venait de finir son service a subi une agression d’une personne qui se trouvait sur les voies. Celle ci semblait un peu perdue, mais elle avait quand même vu le chauffeur qui lui faisait de grands signes pour la prévenir. Celui-ci a tout fait pour essayer de lui faire comprendre qu’il était dangereux de se trouver dans les tunnels du métro quand les rames sont en activité et que les rails sont sous tension. Et vous savez quoi ?!?… Le mec l’a saisi à bras le corps et l’a mordu, et ne voulait pas le lâcher. Il a du le frapper à plusieurs reprise pour qu’il daigne le libérer, et encore il revenait à la charge. Il a quand même réussi à s’échapper.
Nous sommes passés voir dans les environs de l’agression, un peu plus tard, une fois alertés, mais nous n’avons rien vu.
La pluie oppressante qui sévissait presque partout en France, taquinait les humeurs. Peut être agissait elle sur les mentalités comme la pleine lune peut le faire sur certains tarés. Pour peu que l’on couple ça avec la vague de grippe qui opprime notre pays et nous aurons droit à des suicides, des contestations et j’en passe…

